Une lecture de La Chambre des officiers faite par Dimitri


Je pense de ce roman que c’est un chef d’œuvre. J’ai aimé tant le style car il est facile à lire, que le fond. C’est un bel hommage très émouvant au grand-père de l’écrivain mais aussi à toutes les gueules cassées. J’ai surtout apprécié les descriptions très réalistes de l’état de Fournier. Ces descriptions sont si vivantes qu’on peut mettre des images et des odeurs sur les mots de l’auteur. J’ai compris que c’est un hymne à la vie. L’apparence physique est mise au deuxième plan tandis que la beauté intérieure de l’être est projetée au premier plan. Je recommande cet ouvrage à mes amis et à ma famille.
Voici le passage que j’ai particulièrement aimé : 

« Je n’ai pas encore le goût de lire les histoires des autres, de me plonger dans la trame de leurs vies, alors que la mienne me parait si chahutée. Tandis que les compagnons luttent pour le retour à la conscience, je joue aux cartes, seul; je fais les patiences que mon grand-père m’a apprises. De temps en temps, je fais une pause dans mes réussites pour observer les autres et, dans le silence de cette grande chambre, je ne vois que leurs poitrines se soulever au rythme de leur respiration. »(page 58) 
Cet extrait évoque à la fois l’état d’esprit du narrateur en mentionnant en même temps un clin d’oeil à son grand-père. 
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Le présent se mêle au passé. L’état actuel de Fournier, qui a pour seul occupation de faire des réussites, rappelle celui de son grand-père qui, autrefois, lui apprenait les patiences. Ici le narrateur est acteur et également observateur. Le soulèvement de la poitrine de ses acolytes prouve qu’ils sont encore en vie, malgré le silence qui plane lourdement. J’ai l’impression que Fournier se sent presque chanceux de s’occuper en jouant en cartes, tandis que les autres sont à demi-conscients. J’analyse ses paroles de manière très positive même si sa vie n’est pour autant pas toujours facile et qu’elle ne sera plus jamais pareille.

Voici le passage qui me parait le plus proche de ce que j’imaginais de la Grande Guerre : 


« Une détonation part de tout près. Un sifflement d’un quart de seconde. J’ai le temps de voir une tête qui se détache d’un corps qui plie sur ses genoux, un cheval qui s’effondre. L’autre sous-lieutenant, qui était resté en selle, s’écroule de mon coté, l’épaule arrachée, l’os qui sort comme d’un jambon. Je sens comme une hache qui vient s’enfoncer sous la base de mon nez. Puis on coupe la lumière. »(page 29) 
Ce passage très descriptif retranscrit pour moi le réalisme et violence de la guerre. Il fait appel à l’ouïe (un sifflement), à la vue (une tête qui se détache d’un corps...) et presque à 
l’odorat (l’odeur du jambon). Le monde des humains côtoie celui des animaux. Je l’ai remarqué au niveau des champs lexicaux (cheval et jambon). On peut y trouver aussi une comparaison «l’os qui sort comme un jambon». Fournier qualifie ce moment comme très court, je site : « un sifflement d’un quart de seconde ». Mais en peu de temps, il parvient à voir une multitude d’images encrées dans sa tête. La dernière phrase de l’extrait signifie que Fournier est aveuglé par les innombrables projectiles, causés par l’obus. Je note qu’il s’agit d’une métaphore puisque, à aucun moment, il est question d’électricité.