Lecture de La chambre des officiers de Marc Dugain

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10 mars 2015

Une lecture de La Chambre des officiers faite par Dimitri


Je pense de ce roman que c’est un chef d’œuvre. J’ai aimé tant le style car il est facile à lire, que le fond. C’est un bel hommage très émouvant au grand-père de l’écrivain mais aussi à toutes les gueules cassées. J’ai surtout apprécié les descriptions très réalistes de l’état de Fournier. Ces descriptions sont si vivantes qu’on peut mettre des images et des odeurs sur les mots de l’auteur. J’ai compris que c’est un hymne à la vie. L’apparence physique est mise au deuxième plan tandis que la beauté intérieure de l’être est projetée au premier plan. Je recommande cet ouvrage à mes amis et à ma famille.
Voici le passage que j’ai particulièrement aimé : 

« Je n’ai pas encore le goût de lire les histoires des autres, de me plonger dans la trame de leurs vies, alors que la mienne me parait si chahutée. Tandis que les compagnons luttent pour le retour à la conscience, je joue aux cartes, seul; je fais les patiences que mon grand-père m’a apprises. De temps en temps, je fais une pause dans mes réussites pour observer les autres et, dans le silence de cette grande chambre, je ne vois que leurs poitrines se soulever au rythme de leur respiration. »(page 58) 
Cet extrait évoque à la fois l’état d’esprit du narrateur en mentionnant en même temps un clin d’oeil à son grand-père. 
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Le présent se mêle au passé. L’état actuel de Fournier, qui a pour seul occupation de faire des réussites, rappelle celui de son grand-père qui, autrefois, lui apprenait les patiences. Ici le narrateur est acteur et également observateur. Le soulèvement de la poitrine de ses acolytes prouve qu’ils sont encore en vie, malgré le silence qui plane lourdement. J’ai l’impression que Fournier se sent presque chanceux de s’occuper en jouant en cartes, tandis que les autres sont à demi-conscients. J’analyse ses paroles de manière très positive même si sa vie n’est pour autant pas toujours facile et qu’elle ne sera plus jamais pareille.

Voici le passage qui me parait le plus proche de ce que j’imaginais de la Grande Guerre : 


« Une détonation part de tout près. Un sifflement d’un quart de seconde. J’ai le temps de voir une tête qui se détache d’un corps qui plie sur ses genoux, un cheval qui s’effondre. L’autre sous-lieutenant, qui était resté en selle, s’écroule de mon coté, l’épaule arrachée, l’os qui sort comme d’un jambon. Je sens comme une hache qui vient s’enfoncer sous la base de mon nez. Puis on coupe la lumière. »(page 29) 
Ce passage très descriptif retranscrit pour moi le réalisme et violence de la guerre. Il fait appel à l’ouïe (un sifflement), à la vue (une tête qui se détache d’un corps...) et presque à 
l’odorat (l’odeur du jambon). Le monde des humains côtoie celui des animaux. Je l’ai remarqué au niveau des champs lexicaux (cheval et jambon). On peut y trouver aussi une comparaison «l’os qui sort comme un jambon». Fournier qualifie ce moment comme très court, je site : « un sifflement d’un quart de seconde ». Mais en peu de temps, il parvient à voir une multitude d’images encrées dans sa tête. La dernière phrase de l’extrait signifie que Fournier est aveuglé par les innombrables projectiles, causés par l’obus. Je note qu’il s’agit d’une métaphore puisque, à aucun moment, il est question d’électricité.

07 mars 2015

"La chambre des officiers" de Marc DUGAIN

J'ai adoré ce roman. Je l'ai lu en deux jours. Ce n'était pas une contrainte mais un réel plaisir. Il est difficile pour moi de citer un passage plus qu'un autre. Certains sont drôles, d'autres émouvants, d'autres cruels... tout est merveilleusement écrit.  

J'ai apprécié la répartie d'Adrien lorsqu'il rencontre Clémence, j'ai souffert avec lui lors de son transfert vers le Val-de-Grâce, j'ai partagé ses moments complices avec ses trois nouveaux amis, j'ai ri de ses plaisanteries avec les infirmières ou des inconnus et j 'ai admiré son courage dans l'adversité. 

La souffrance et la vie des gueules cassées à l'hôpital est une partie de la 1ère guerre mondiale que j'ai découvert à travers le livre de Marc Dugain. J'ai été très émue par l'histoire de ces jeunes hommes dont la vie a basculé du jour au lendemain, émotion plus forte en voyant de vraies photographies d'hommes défigurés.

La greffe à l'italienne

 Une greffe à l'italienne est une des méthodes employée pour tenter de rendre aux mutilés une apparence moins repoussante. Au XVIeme siècle, cette greffe a été décrite par le chirurgien italien Tagliacozzi mais a été reprise en modifiant plus ou moins sa technique et ses indications. En effet, cette greffe était très souvent un échec. C'est pourquoi, elle faisait l'objet de critiques et la mémoire de Tagliacozzi fut déshonorée. 

La greffe à l'italienne s'appliquait surtout aux pertes de substances tégumentaires peu étendues au niveau du nez et du menton. La contrainte était la position extrêmement pénible et  gênante imposée au blessé  qui lui provoquait des douleurs musculaires et des fourmis dans le bras qui était immobilisé contre le visage mutilé par un appareil métallique. Le blessé devait rester dans cette position deux ou trois semaines pour permettre au lambeau d'assurer la vascularisation de la greffe.

                                                                                                                           <-- avant                                        après-->

Le passage qui peut illustrer un tableau d'Otto Dix

" Ce soir là, nous avons rejoint le tabouret de jeu sans la moindre gaieté. Penanster quitta la partie plus vite qu'à l'accoutumée, Weil partit se coucher sans dire un mot, ce qui ne lui ressemblait pas " (p.86)

" C'est peut-être notre isolement et le confort de nos parties de cartes en sirotant des suzes qui nous a rendus aveugles aux prémices de la guerre " (p.163)

Le tableau d'Otto Dix " Les joueurs de Skat " représente trois amis gueules cassées jouant aux cartes autour d'une table. Ces trois gueules cassées nous font penser à Weil, Penanster et Adrien qui eux aussi, lorsqu'ils étaient à l'hôpital, jouaient la plupart du temps aux cartes.

"La chambre des officiers"

"Une détonation part de tout près. Un sifflement d'un quart de seconde. J'ai le temps de voir une tête qui se détache d'un corps qui plie sur ses genoux, un cheval qui s'effondre. L'autre sous-lieutenant, qui était resté en selle, s'écroule de mon coté, l'épaule arrachée, l'os qui sort comme d'un jambon. Je sens comme une hache qui vient s'enfoncer sous la base de mon nez. Puis on coupe la lumière" (p.29)

Ce passage montre l'horreur et la souffrance de la guerre que les soldats subissent : "une tête qui se détache d'un corps", "l'os qui sort comme d'un jambon". C'est pour cette raison que nous avons choisi ce passage qui nous paraît le plus proche de ce que nous imaginons de la grande guerre.