17 juin 2015

La récompense pour ce projet un magnifique moment offert par le Conseil Général

Résumé de la journée fait par Luc Vida, qui quittera Marie Curie pour la rentrée prochaine, nous lui souhaitons une très belle acclimatation dans le Sud et beaucoup de réussite.

Nous sommes partis à 8h50 avec 35min de retard. Nous sommes arrivés vers 9h50. Trois groupes se sont formés pour l'équitation, comme je n'en ai pas fait, j'ai pu observer tout le long un de ces groupes. Au début, tout le monde avait peur de son cheval, personne ne voulait entrer dans les boxes pour brosser sa "bête féroce". Les chevaux avaient des noms étranges comme "ULM", "M&M's", ou "Rivière". Une fois les chevaux sellés, il fallait les amener au manège. Certains élèves ont eu du mal car leur cheval voulait manger l'herbe et n'écoutait rien, ce qui n'arrangeait pas la faible autorité de leur cavalier.  Une fois tous au manège, les élèves ont monté leur cheval puis ont appris à le diriger. Un petit jeu s'en suivit où certains se prenaient pour des chevaliers héroïques, mais se faisaient souvent avoir.

Après l'équitation, nous nous sommes rapprochés du club de golf pour manger sur un espace vert. Pendant cette pause, chacun s'occupait à sa manière( football ou rugby ). Puis vint le golf, la classe se sépara en deux groupes. Mon groupe commença par le "practice" où nous nous sommes entraînés à taper des balles. Un système de points fut instauré pour que nous nous rendons compte de notre niveau. Nous sommes ensuite allés nous entrainer sur le "green" pour apprendre à mettre les balles dans les trous, ce qui est une tâche bien plus difficile que ce que l'on peut penser.

Nous sommes partis vers 16h15 pour arriver à 17h. Les voyages furent marqués par un élan de mélo-manie chez les élèves et une bonne ambiance un peu bruyante mais joyeuse.

29 mars 2015

Travail des élèves russisants : regard du front russe à travers la lettre d'un soldat musicien

«21 июня 1915 г. 
В Вятскую городскую управу
Многоуважаемые господа!!!
Прошу не отказать моей просьбе. Вышлите гармошку, на которой я хорошо могу играть/двухрядка, русский строй. На такой гармошке я играл дома и на действительной службе. Но как поехала на войну, так гармошку взять не пришлось. А теперь хорошо бы иметь и развеселить публику в горькую минуту, в особенности после похода.
С почтением к Вам защитник до гробовой доски Семен Шатров
Проживавший г. Вятка: слобода Дымково».

« 21 juin 1915

Au Bureau communal de Viatka

Messieurs,

je vous prie de bien vouloir accéder à ma demande. Faites-moi parvenir un accordéon sur lequel je pourrai bien jouer, un accordéon à deux rangées, de facture russe. Je jouais sur un accordéon comme cela chez moi et à mon travail. Mais comme je suis parti à la guerre, je n’ai pas pu l’emporter. A présent j’aimerais en avoir un pour pouvoir égayer les heures sombres, en particulier après les expéditions.

Avec ma respectueuse considération, défenseur jusqu’à la tombe Semion Chatrov

Résidant à Viatka, faubourg de Dymkovo »


14 mars 2015

Le repas de fête de Pique pendant sa permission pour oublier la famine dans les tranchées : les cerises de Montmorency

      Après de nombreux jours passés au front,  je reviens enfin chez moi en permission. On m’a seulement laissé deux jours. Ma famille m’attendait et ma femme, pour l’occasion avait réussi à acheter de la viande même si elle est très onéreuse de nos jours.

J’ai fait le trajet en vélo vers Sceaux et la première chose que j’ai vu en arrivant c’est le cerisier. Il m’a rappelé cette bonne époque où il n’y avait pas encore la guerre. Quand j’étais petit et naïf, je ramassais des cerises semblables à celles-ci dans mon jardin.


A cette époque je mangeais à ma faim, il y avait de la nourriture à volonté, de grands potagers et mes grands-parents nous ramenaient des fruits. Aujourd’hui, avec la guerre, on se bat pour une miette de pain.

A mon arrivée, je n’osais pas parler du malheur qui nous frappait au front et je réconfortais ma fille en lui promettant à tort de venir la voir plus souvent. Pendant le repas, je décidai de parler sérieusement de ce qu’il se passait à ma femme quand ma fille fut partie :

            - Nous ne mangeons quasiment rien et le peu que nous mangeons est infecte .Le ravitaillement est devenu difficile. Je suis si heureux de vous retrouver, vous m’avez beaucoup manqué ! Tout ce sang dans les tranchées m’a fait prendre conscience que vous étiez très importantes à mes yeux.

 -Toi aussi tu nous a manqué ! Le boulanger, ton ami m’a raconté toutes les horreurs qui se passent là-bas ! J’ai peur qu’il ne t’arrive quelque chose ! Beaucoup d’hommes du village ont déjà péri au front. Ici nous craignons que les boches nous envahissent ! Les boucheries n’ont pratiquement plus de viande mais aujourd’hui, pour fêter ton retour j’ai réussi à en dénicher un morceau et quelques légumes. Et pour le dessert je t’ai concocté une surprise. »

     En effet ma femme m’avait préparé le meilleur repas que je n’ai jamais mangé.

Cette bonne viande n’avait redonné le sourire et je la dévorai en un rien de temps. Et le dessert me toucha profondément au cœur car il n’était pour ne pas dire la cerise sur le gâteau !  Elle m’avait réservé un clafoutis aux cerises de Montmorency : mon dessert préféré.  

     Après le repas, je lus un conte de Noël bien joyeux mais je n’étais malheureusement pas du tout dans cet état d’esprit. Mon retour au front me hantait. Avant la guerre, on nous avait promis que nous allions passer Noël avec nos familles mais désormais je n’y crois plus du tout car les Allemands continuent d’avancer. Chaque jour, je me dis que c’est peut-être le dernier et donc peut-être la dernière histoire que je raconte à ma fille.

- par Capucine et Manon     
           
     

Le Hartmannswillerkopf, souvenirs cruels du soldat Pique par Hugo et Luc

 

            Je venais de quitter la première ligne. La troisième ligne du front était plus calme, plus loin des combats. On avait le temps de prendre une douche et de se reposer un petit peu. A la fin de la semaine, la veille de mon retour au combat, des gradés vinrent parler à moi et à mes camarades. Nous apprîmes que nous devions partir pour une autre partie du front, pour un assaut vers le Hartmannswillerkopf. Je ne savais pas grand-chose sur cette montagne, seulement qu’elle était située dans le Haut-Rhin et qu’elle avait une valeur stratégique importante, c’est pour cela qu’on avait besoin d’hommes pour la reprendre aux Allemands.

Lorsque nous sommes arrivés, on nous laissa trois jours pour nous préparer et nous expliquer la stratégie de l'assaut. Chaque heure, je voyais arriver des blessés par centaines venant du front. J’ai pu parler à certains d’entre eux, ils parlaient de cette montagne comme d’une boucherie, ils l’appelaient la « montagne de la mort » ou « la mangeuse d’hommes ». Ils disaient que la hauteur du sommet laissait l’artillerie allemande massacrer tout ce qui bouge. Lorsque nous sommes partis pour la première ligne, j’ai cru que j’allais mourir de peur. Plus on avançait, et plus les bombardements s’intensifiaient. Dès que nous arrivâmes, l’assaut débuta.

            Tout le monde commença à sortir de la tranchée, certains furent paralysés de peur et furent rapidement fauchés par des obus. Au début, je levais la tête pour voir où allaient tomber les obus pour pouvoir les éviter car les arbres étaient tous arrachés et laissaient une vue claire vers le ciel. Mais lorsque les tirs des soldats allemands arrivaient de face, je dus tout miser sur la chance. Pendant cet assaut, j’ai failli mourir deux fois.

Une fois lorsque le souffle d’une explosion me fit tomber, me faisant éviter de justesse un éclat d’obus bien parti pour me couper en deux. L’autre fois lorsqu’un allié devant fut touché par une mine, me mettant en sécurité malgré lui. L’attaque fut un succès, mais seulement pour l’état-major, il y avait trop de morts pour appeler cela une victoire. Les combats firent rage jusqu’à la fin de l’année 1915.

Une balle dans l’épaule me fit partir du front la veille d’une attaque allemande, me sauvant probablement la vie. A partir de 1916, la situation stagnait, les Allemands étaient à 22 mètres de nous. Les gradés nous obligeaient de rester silencieux pour ne pas révéler nos plans aux Allemands qui étaient de l’autre côté du sommet. Je revins chez moi au début de l’année 1917 car ma blessure à l’épaule fut aggravée par une autre blessure. La guerre fut finie pour moi. Après l’Armistice, je repensais à tous ceux qui sont morts au Hartmannswillerkopf, rebaptisé Vieil-Armand après la victoire.

Toutes les commémorations et les monuments en l’honneur des morts du Vieil-Armand me prouvèrent que les gens avaient compris l’importance du Vieil-Armand.

13 mars 2015

Point de vue d'un soldat algérien, Abou Slimane Said


Je m’appelle Abou Slimane Said. Je suis né le 15 Mars 1890 à Alger. En 1915 à l’âge de 25 ans je me suis engagé volontairement dans l’armée française. Avant la guerre j’ai reçu une éducation religieuse à l’école coranique de mon village puis j’ai suivi une formation de maçonnerie. Je vivais dans une petite habitation de 35 mètres carré dans le centre d’Alger avec mes parents et mes 3 frères : Achile, Amine et Bazile. Tout trois m'étaient très chers, Achile était un tombeur et était souvent avec des filles. Amine et Bazile étaient, eux, dignes de confiance bien que Bazile, l'aîné, semblait légèrement plus généreux. Mais un jour mes trois frères, partis chercher des ressources en dehors du village, ne sont jamais revenus. Une rumeur disant qu'ils se sont fait tirer dessus par des Allemands a ensuite circulé et depuis ce jour je me suis dit que je les vengerai : c’est pour cela que je me suis engagé volontairement dans l'armée.

En partant, je dis un « au revoir » à mes parents, tout en espérant pouvoir rentrer chez moi après la guerre, même si les chances étaient minimes. Nous marchions jusqu'à la mer où nous avons ensuite pris un bateau nous emmenant au territoire européen, les bâtiments étaient impressionnants comparés à ceux de mon pays natal et les gens étaient également bien vêtus.

Nous étions ensuite partis à un campement, les soldats étaient nombreux et venaient du monde entier : Annamites, Tonkinois, Marocains, Tunisiens, Sénégalais, Européens, et notre groupe, celui des Algériens. J'ai sympathisé avec certains de mes compagnons algériens, puis, ensemble, nous avons intégré le Premier régiment de tirailleurs algériens, dépendant de l'Armée de terre, ou l'armée terrestre si vous voulez. Les Blancs nous voyaient comme des hommes à utiliser, comme des outils qu'on prend dans une boîte, mais cela m'importait peu, je voulais seulement venger mes frères.

Puis je fut envoyé sur le front, je savais que la mort m’attendais mais j’étais habité par la rage de venger mes frères. Pour s’abriter nous allions dans ce qu’on appelait des tranchées, une sorte de trou en longueur pour former des chemins dans la terre. De temps en temps de nouvelles armes firent leur apparition comme les lance-flammes ou le gaz. Ces armes faisaient beaucoup de morts mais avec mes camarades d’infortune nous nous serrions les coudes et nous nous prévenions si un ennemi arrivait. De nombreuses armes ont été utilisées et faisaient énormément de morts, en commençant par les gaz que les Allemands avaient envoyé dans les tranchées françaises, il y eut également l'utilisation des lance-flammes, ces armes étaient très puissantes et pouvaient facilement tuer des dizaines de personnes.

Après mon retour la France déclara qu'elle était très reconnaissante de notre aide. Cette guerre fut meurtrière et beaucoup de mes amis y laissèrent leur vie mais j'avais finalement réussi à survivre malgré ces conditions de vie déplorables. Je rentrais ensuite chez moi, chez mes parents qui avaient pu survivre grâce à la pension de guerre qu'ils récupéraient avec mon service en tant que militaire. Toutes les nuits suivantes, nous fêtâmes mon retour de guerre, en étant vivant et en ramenant une Croix de guerre, décoration militaire que je montrais avec fierté à mes voisins et ma famille.

Lettre de Cassim, soldat sénégalais, à sa famille




"Mon cher fils, quand tu liras cette lettre, j'espère que tu comprendras les douleurs de la guerre et mon sacrifice.
        Je t'écris pour la dernière fois. Demain mes compagnons et moi serons fusillés à l'aube. Tu te demandes quelle est la cause de mon exécution,  tu t'imagines que j'ai commis un crime grave. Je vais t'expliquer ce qui s'est réellement passé.
        Deux nuits auparavant,  nous étions en train de tirer sur nos ennemis,  trop nombreux.  Les voyant se diriger vers notre emplacement,  notre chef nous ordonna de nous replier. Un de mes plus proches compagnons de guerre,  Wilfried, possédait un objet très précieux pour lui, il avait une grande valeur sentimentale.
        C'était une chaîne en fer à laquelle pendait un petit ovale de cuivre qui pouvait s'ouvrir et à l'intérieur duquel reposait une photo de sa femme et de ses deux enfants chéris. Il la portait autour de son poignet,  enroulée plusieurs fois.
        Soudain,  une bombe se cracha à seulement quelques dizaines de mètres de notre tranchée.  Un projectile atterrit à nos pieds en arrachant un cri à Wilfried.  Je le questionna du regard et il me montra son poignet. Je vis alors une brûlure grossière, mais quelque chose manquait. Il m'a fallu quelques secondes pour comprendre que sa chaîne avait disparu. C'était la faute du projectile. Puis,  Wilfried me lance : "Regarde,  Cassim, sur le champ de bataille !" J'aperçus effectivement la chaîne,  brillant distinctement parmis tous les cadavres. Sans hésiter,  je l'aide à aller chercher son porte-bonheur car je ne le laisserai pas tout seul sur le champ ; c'est trop dangereux. La voix furieuse du chef parvient jusqu'à nos oreilles : "Cassim, Wilfried, qu'est-ce que vous faites ?",  mais étions trop loin pour revenir.
        À notre retour Wilfried et moi fûmes saisis par des hommes et jetés au cachot. Nous n'avions pas eu besoin de deviner ce qui nous attendait : on sera fusillé pour l'exemple.  Je trouve cela totalement injuste qu'on tue des hommes innocents pour une chose d'aussi faible importance, enfin bon je n'y suis pour rien.
      Mon fils, sache que je t'aime très fort et ta maman aussi. Ma dernière pensée sera dédiée à vous. Sois fort et aide ta mère,  fais tout ton possible pour la rendre heureuse. Je suis sincèrement désolé de ne pas
 t'avoir vu grandir après tes trois ans, je suis persuadé que tu deviendras un jeune homme brave et courageux. Je veillerai sur vous deux de là où je suis.
        Mes amours,  je vous embrasse tous les deux, ne pleurez pas.                                 
                                                                Cassim,  18 mai 1917 à Verdun."

Attaques au gaz, témoignages. Deux points de vue face à l'horreur !

Otto Dix, "Assaut sous les gaz"

    Le nuage avança lentement vers la tranchée et finit par atteindre les défenses qu’il traversa, tel un fantôme lugubre, sans aucune difficulté. Il pénétra dans nos poumons, au rythme de notre respiration, et les déchira de l’intérieur. Pendant que nous tentions de fuir la tranchée, le gaz s’infiltra dans nos maigres réserves d’eau, occupant ainsi sans répit l’espace, si bien que la frénétique d’une bouffée d’air pur était désespérément vaine. Nous étions devenus ces vieillards de vingt ans dont le témoignage aidera à remonter le chemin de l’horreur. Et quand, enfin la nappe a été dépassée, les vieilles recettes de la guerre, par un bombardement intensif, faucha nos amis rescapés.

 

Nous sommes à l’abri des fusillades et des bombes. Beaucoup  de nos camarades sont morts. Les premiers filets de gaz sont lâchés sur nous et sur le front. Nous essayons d’éviter les flaques nauséabondes mais les éclaboussements nous laissent d’horrible taches verdâtres sur nos vêtements.

Il nous est difficile de traverser ces grouillements de vers humains. Unes bouffée d’air purnous remonte le morale. Quelle dommage de gâcher cette uniforme et magnifique boule bleue par la violence de la guerre. Nous continuons à marcher malgré la propagation de l’immense nappe bouillonnante méthodique et inexorable.

Enfin nous pouvons respirer la fraiche transparence de l’air sans difficulté.

- par Luc, Hugo et Alyssia

Seydou raconte son refus de la guerre des colonialistes, témoignage

 

Cher papa, maman.

Vous devez ne plus avoir de nouvelles de moi depuis deux ou trois ans. Je suis désolé je n’ai pas pu vous écrire plus tôt. J’aurais dû être recruté pendant cette guerre, en automne 1914, à Bamako. Pas la nôtre, celle des français, des européens qui nous exploitent comme des esclaves. J’étais prêt à les suivre, à m’enrôler dans leur armée. Ils nous disaient que nous reviendront pleins de gloire et respectés de la France après une guerre qui s’annonçait courte, je les croyais justes. Vous savez comment on nous appelle ? Les « tirailleurs sénégalais », tous les africains noirs ne sont pas sénégalais, je suis malien et j’en suis fier.

Lorsque je suis allé me faire recruter,  je voyais certains habitants, de mes compagnons,  qui n’avaient pas envie d’aller à la guerre. Les pauvres étaient enlevés violement à leur famille, mais je me disais qu’après tout c’était la guerre, ce n’est pas facile ou agréable, je connais un peu ça car je suis chasseur, j’ai déjà tiré avec une arme. Et puis j’ai commencé à entendre d’autres qui disaient qu’on était mal reçus, que les conditions dans les tranchées étaient plus qu’inhumaines, que l’on était les premiers à mourir, certaines fois inutilement.

J’ai commencé à avoir des doutes, je me suis enfui avant d’être remarqué. Je me demandais si ces rumeurs étaient vraies, si les français nous traitaient vraiment comme de la chair à cannons. Plus le temps passait, et plus les rumeurs se propageaient, se confirmaient. On disait que les hivers étaient affreux là-bas et que beaucoup d’entre nous mourraient de ce froid. Mais d’autres disaient que pendant l’hiver, des camps d’entrainement étaient ouverts pour nous et que cela était pire encore car on y mourrait de faim. Je commençais à avoir de plus en plus de doutes et j’avais de moins en moins envie de me faire recruter.

Ce qui me décida, ce sont les rumeurs sur les conditions de vie qu’avaient les noirs à l’arrière du front. Les gens disaient qu’ils servaient de cobayes pour les vaccins expérimentaux et que les malades graves étaient laissés pour morts. Ensuite, on apprit le nombre de morts vertigineux de soldats noirs en ce début de guerre, tout cela dû à l’envoi au suicide (on nous appelait « la chair à cannons » à force de nous envoyer en première ligne), à l’hiver insupportable et aux conditions de vie que subissaient les nôtres.

Des révoltes éclatèrent un peu partout au Mali et dans d’autres pays d’Afrique, j’en fis partie. Ces français en qui j’avais confiance et pour qui j’étais prêt à donner ma vie nous traitaient comme du bétail. Mais ce qui me choqua le plus, c’est la violence avec laquelle la révolte fut réprimée. Certains d’entre nous sont morts, beaucoup ont été blessés.

Je pris ma décision, nous décidâmes de partir de ce pays meurtri, moi et mes amis qui étions restés. Nous réussîmes à franchir la frontière vers la Mauritanie sans encombre, ce fut facile de me repérer car le paysage ne change pas de la brousse du Mali. Mais comme je savais que j’étais toujours recherché, je ne vous ai pas écris, pour ma sécurité, j’espère que vous me pardonnez.

J’ai appris il n’y a pas longtemps que l’Armistice a été signé en faveur de la France, tant mieux, j’espère que le massacre prendra fin. J’ai également appris que les noirs enrôlés ont fait preuve d’un grand courage pendant cette guerre. Je rêve désormais d’un Mali libre, le plus tôt possible pour que je puisse revenir vous voir. J’espère pouvoir au moins vous écrire une fois par an pour vous donner de mes nouvelles. Je ne peux pas vous dire où je suis, de peur que quelqu’un lise cette lettre avant vous mais je vais bien. Aujourd’hui la guerre est finie. N’essayez pas de me répondre. Je vous aime.

            Seydou.

 - par Luc, Ruben, Mathieu, Victor

12 mars 2015

Mobilisation du soldat Pique emmené au front par un taxi. Ils seront appelés plus tard Taxis de la Marne.

En 1914, un homme frappa à ma porte, j'ouvris : " Monsieur, vous êtes appelés à protéger votre patrie à la Marne".

Le gars m'avait donné l'ordre de me rendre le lendemain à la tombée de la nuit devant le garage Renault.

Le garage Renault était abandonné depuis 14 car M. Jacob, le concessionnaire, avait été mobilisé cette année là et sa femme ne pouvait tenir la concession seule.

Comme prévu, je me rendis au rendez-vous, c'était un soir de Septembre, il faisait froid et brumeux, on ne voyait pas grand chose mais je devinais 15 gars, ils cassaient la croute et parlait de la guerre et du front où ils se rendaient. Une heure plus tard, 10 taxis arrivaient dont 7 était déjà remplis de soldats.

Je montais à bord de l'un deux avec 3 soldats et c'était parti pour 3 h de route. Serrés comme des sardines, c'était le bon terme pour décrire la situation. C'est vrai il faut le dire, ce voyage était un cauchemar. Le taxi tremblait de partout et nous tombâmes 3 fois en panne, ce qui rallongea le trajet de 3 autres heures. La première panne était le pneu qui avait crevé, la deuxième fut le pot d'échappement qui était comblé de boue ce qui nous fit arrêté car on l'on commençait à sentir une odeur d'essence dans l'habitacle du taxi, et la dernière fut une panne d'essence. Nous refîmes le plein dans un petit village surnommé Tremblay.

Nous arrivâmes en pleine nuit, mais même à cette heure les soldats échangeaient toujours des balles. Nous transportâmes mon matériel médicale à environ 1 km du combat permanent pour éviter tout risques de se prendre une balle. Le chauffeur n'était pas très rassuré mais en même temps il était très content car il venait de gagner une assez grosse somme pour les plus de 6 heures de trajet affiché au compteur.

- par Lazlo, Nathan et Arthur

10 mars 2015

Une lecture de La Chambre des officiers faite par Dimitri


Je pense de ce roman que c’est un chef d’œuvre. J’ai aimé tant le style car il est facile à lire, que le fond. C’est un bel hommage très émouvant au grand-père de l’écrivain mais aussi à toutes les gueules cassées. J’ai surtout apprécié les descriptions très réalistes de l’état de Fournier. Ces descriptions sont si vivantes qu’on peut mettre des images et des odeurs sur les mots de l’auteur. J’ai compris que c’est un hymne à la vie. L’apparence physique est mise au deuxième plan tandis que la beauté intérieure de l’être est projetée au premier plan. Je recommande cet ouvrage à mes amis et à ma famille.
Voici le passage que j’ai particulièrement aimé : 

« Je n’ai pas encore le goût de lire les histoires des autres, de me plonger dans la trame de leurs vies, alors que la mienne me parait si chahutée. Tandis que les compagnons luttent pour le retour à la conscience, je joue aux cartes, seul; je fais les patiences que mon grand-père m’a apprises. De temps en temps, je fais une pause dans mes réussites pour observer les autres et, dans le silence de cette grande chambre, je ne vois que leurs poitrines se soulever au rythme de leur respiration. »(page 58) 
Cet extrait évoque à la fois l’état d’esprit du narrateur en mentionnant en même temps un clin d’oeil à son grand-père. 
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Le présent se mêle au passé. L’état actuel de Fournier, qui a pour seul occupation de faire des réussites, rappelle celui de son grand-père qui, autrefois, lui apprenait les patiences. Ici le narrateur est acteur et également observateur. Le soulèvement de la poitrine de ses acolytes prouve qu’ils sont encore en vie, malgré le silence qui plane lourdement. J’ai l’impression que Fournier se sent presque chanceux de s’occuper en jouant en cartes, tandis que les autres sont à demi-conscients. J’analyse ses paroles de manière très positive même si sa vie n’est pour autant pas toujours facile et qu’elle ne sera plus jamais pareille.

Voici le passage qui me parait le plus proche de ce que j’imaginais de la Grande Guerre : 


« Une détonation part de tout près. Un sifflement d’un quart de seconde. J’ai le temps de voir une tête qui se détache d’un corps qui plie sur ses genoux, un cheval qui s’effondre. L’autre sous-lieutenant, qui était resté en selle, s’écroule de mon coté, l’épaule arrachée, l’os qui sort comme d’un jambon. Je sens comme une hache qui vient s’enfoncer sous la base de mon nez. Puis on coupe la lumière. »(page 29) 
Ce passage très descriptif retranscrit pour moi le réalisme et violence de la guerre. Il fait appel à l’ouïe (un sifflement), à la vue (une tête qui se détache d’un corps...) et presque à 
l’odorat (l’odeur du jambon). Le monde des humains côtoie celui des animaux. Je l’ai remarqué au niveau des champs lexicaux (cheval et jambon). On peut y trouver aussi une comparaison «l’os qui sort comme un jambon». Fournier qualifie ce moment comme très court, je site : « un sifflement d’un quart de seconde ». Mais en peu de temps, il parvient à voir une multitude d’images encrées dans sa tête. La dernière phrase de l’extrait signifie que Fournier est aveuglé par les innombrables projectiles, causés par l’obus. Je note qu’il s’agit d’une métaphore puisque, à aucun moment, il est question d’électricité.

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