"Ecrire en poésie"

Vive les poètes ! Vive le printemps ! Vive le printemps des poètes !

Les voyages

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Préface

8mai

    Bienvenue, lecteur !

Apprête-toi à utiliser tous tes sens dans cette anthologie sur le thème des voyages. Sens les parfums et enregistre les musiques qui émanent des poèmes.

   Si un voyage est un trajet t’emmenant d’un point A à un point B, le thème « des voyages » exploite bien évidement cette définition mais tu comprendras que pas seulement.

   Les dix poèmes que nous avons choisis vont t’amener aux quatre coins du monde et transporter tout ton être dans un tourbillon de sentiments comme la nostalgie ou la solitude qui sont caractéristiques d’un voyage d’errance. En effet, si le talent même des grands poètes ne suffit pas pour accomplir cette tâche, c’est à toi de décider quels seront les images qui traverseront ta tête pendant la lecture. Alors laisse-toi mener par la barque de tes sentiments sur le doux flot de ta pensée.

 

   Nous espérons que tu apprécieras les cinq poèmes que nous avons écrits et glissés parmi cinq autres qui ont déjà fait voyager plus d’un.

 

   Louis-François & Romain

 

La prose du transsibérien

13avril

En ce temps-là j’étais en mon adolescence
J’avais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance
J’étais à 16.000 lieues du lieu de ma naissance
J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares
Et je n’avais pas assez des sept gares et des mille et trois tours
Car mon adolescence était si ardente et si folle
Que mon cœur, tour à tour, brûlait comme le temple
d’Éphèse ou comme la Place Rouge de Moscou
Quand le soleil se couche.
Et mes yeux éclairaient des voies anciennes.
Et j’étais déjà si mauvais poète
Que je ne savais pas aller jusqu’au bout.

[…]

Or, un vendredi matin, ce fut enfin mon tour
On était en décembre
Et je partis moi aussi pour accompagner le voyageur en bijouterie qui se rendait à Kharbine
Nous avions deux coupés dans l’express et 34 coffres de joaillerie de Pforzheim
De la camelote allemande “Made in Germany”
Il m’avait habillé de neuf, et en montant dans le train j’avais perdu un bouton
- Je m’en souviens, je m’en souviens, j’y ai souvent pensé depuis -
Je couchais sur les coffres et j’étais tout heureux de pouvoir jouer avec le browning nickelé qu’il m’avait aussi donné

J’étais très heureux insouciant
Je croyais jouer aux brigands
Nous avions volé le trésor de Golconde
Et nous allions, grâce au transsibérien, le cacher de l’autre côté du monde
Je devais le défendre contre les voleurs de l’Oural qui avaient attaqué les saltimbanques de Jules Verne
Contre les khoungouzes, les boxers de la Chine
Et les enragés petits mongols du Grand-Lama
Alibaba et les quarante voleurs
Et les fidèles du terrible Vieux de la montagne
Et surtout, contre les plus modernes
Les rats d’hôtel
Et les spécialistes des express internationaux.

[…]

À Tchita nous eûmes quelques jours de répit
Arrêt de cinq jours vu l’encombrement de la voie
Nous le passâmes chez Monsieur Iankéléwitch qui voulait me donner sa fille unique en mariage
Puis le train repartit.
Maintenant c’était moi qui avais pris place au piano et j’avais mal aux dents
Je revois quand je veux cet intérieur si calme, le magasin du père et les yeux de la fille qui venait le soir dans mon lit
Moussorgsky
Et les lieder de Hugo Wolf
Et les sables du Gobi
Et à Khaïlar une caravane de chameaux blancs
Je crois bien que j’étais ivre durant plus de 500 kilomètres
Mais j’étais au piano et c’est tout ce que je vis
Quand on voyage on devrait fermer les yeux
Dormir
J’aurais tant voulu dormir
Je reconnais tous les pays les yeux fermés à leur odeur
Et je reconnais tous les trains au bruit qu’ils font
Les trains d’Europe sont à quatre temps tandis que ceux d’Asie sont à cinq ou sept temps
D’autres vont en sourdine, sont des berceuses
Et il y en a qui dans le bruit monotone des roues me rappellent la prose lourde de Maeterlinck
J’ai déchiffré tous les textes confus des roues et j’ai rassemblé les éléments épars d’une violente beauté
Que je possède
Et qui me force.

Tsitsika et Kharbine
Je ne vais pas plus loin
C’est la dernière station
Je débarquai à Kharbine comme on venait de mettre le feu aux bureaux de la Croix-Rouge.

Blaise Cendrars, 1913

Extrait de la version intégrale qui compte 45 strophes.

 

Le parcours du Transsibérien, c'est le long trait jaune sur la carte.

 

Voyage

12avril

 

Guillaume Apollinaire, tiré du recueille Calligrammes, 1918

 

 

-Transcription possible du calligramme :

 

Adieu amour nuage qui fuis

et n’a pas chu pluie féconde

Refais le voyage de Dante

Télégraphe

Oiseau qui laisse

tomber

Ses ailes partout

Où va donc ce train qui meurt au loin

Dans les vals et les beaux bois frai du

Tendre été si pâle ?

La douce nuit lunaire et pleine d’étoile

C'est ton visage que je ne vois plus

Parfum exotique

11avril

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone;


Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.


Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,


Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers 

Charles Baudelaire, 1857

"Madonna" d'Edvard Munch, 1893

Nostalgie

11avril

Ô nostalgie ! Tu me transportes loin,

Au plus profond des souvenirs de mon être.

Tu te joues de moi et de mes sentiments.

Comme chacun de nous, tu me mens.

 

Comme les voyages, tu m’as mené en bateau,

Tu as détruit mon ego,

Tu as fait chavirer mon cœur

Et m’as transporté ailleurs.

zola12

Paysages du monde

11avril

La vision habituelle des couleurs

Me rappelle la France des valeurs,

Des droits de l'homme et de la liberté.

Mais quand je pars en voyage,

Ce sont tous mes sens qui sont chamboulés,

C'est tout mon être qui traverse les âges.

 

L’Océanie est lointaine mais claire

L’Asie est montante mais reste vivrière

L’Amérique du Nord est moderne et amicale

L’Afrique est chaude et tropicale

 

Le Brésil est rythmé et chaud

Alors que l'Antarctique n’attire que les manchots

Finalement, je rentre dans mon pays natal,

En Europe Occidentale.

 

zola12

 

 

 

Ma Bohème

5avril

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées;
Mon paletot soudain devenait idéal;
J'allais sous le ciel, Muse, et j'étais ton féal;
Oh! là là! que d'amours splendides j'ai rêvées!

Mon unique culotte avait un large trou.
Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,
Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
De rosée à mon front, comme un vin de vigueur;

Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
Comme des lyres, je tirais les élastiques
De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur!

Arthur Rimbaud, 1870

Voyage vers l'inconnu, le ciel étoilé.

Heureux qui comme Ulysse

5avril

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.

Joachim du Bellay, 1553-57

 

Lien pour écouter la mise en chanson par Ridan :

http://www.youtube.com/watch?v=WefxVZLhm9U

Les vacances

2avril

Parfois, je me laisse aller,

Le soleil dore les corps et réchauffe les coeurs,

Sur la plage je reste affalé,

J'hume le vent mais ne vois pas passer l'heure.

Car il est déjà temps de quitter

Le parfum doux et envoutant de cette liqueur

Que sont les vacances d'Eté.

zola12

 

 

 

 

 

Acrostiche du Voyage

2avril

Victor Hugo en a besoin

O continents ! Si loin ... 

Y aller est une épreuve,

A chaque région ses fleuves 

Guillaume Apollinaire, le Rhin

Et moi, je suis déjà si loin ...

zola12

"Le voyageur contemplant une mer de nuages" de Caspard David Friedrich.