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La souffrance

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Préface de l'anthologie sur la souffrance

6mai

  Cher Lecteur,

         La souffrance est le thème que nous avons choisi, et que nous allons aborder dans cette anthologie. Tout d'abord qu'est-ce que " la souffrance " au sens propre du terme ? Bien que la souffrance puisse être physique, nous nous pencherons plus amplement sur la souffrance morale. Sa caractérisation est souvent simple, définie par ses synonymes comme étant une douleur, affliction, torture, tourment etc.

        D'une façon générale, la souffrance est souvent mal perçue, tabou et honteuse, nos mœurs ne nous permettent pas d'en parler. Néanmoins elle n'est pas moins ressentie par les gens dans chaque épreuve de la vie. Ainsi, il est arrivé dans l'histoire de la poésie, que certains artistes se penchent à leurs façons sur le sujet. Par exemple, Charles Baudelaire fut l'un des premiers à oser mettre en scène la souffrance en poésie, par le biais du décadentisme, un mouvement littéraire très controversé qui apparut à la fin du XIXème siècle, qui se caractérisait par le dégoût des réalités banales, recherchant des sensations rares, et mélangeant ignominie et sublimité.

         C'est pour cela, que nous avons décidé de traduire notre thème sur la souffrance par l'œuvre principal de Charles Baudelaire Les Fleurs Du Mal  qui par son titre, met en scène le mouvement littéraire qui l'inspira tant. " Les Fleurs " qui représentent la beauté, l'élégance et le raffinement, font opposition à l'ignominie, la bassesse et la vilenie du " Mal ". L'artiste nous met donc au courant par le titre de son œuvre, que le sujet principal de son recueil de poèmes, sera un mélange entre beauté et horreur.

         Ainsi l’auteur nous plonge dans un univers sombre et mystérieux, qui au fil des poèmes nous laissera une impression mystique.

         Nous avons donc décidé de vous faire découvrir de nombreux poèmes traduisant le sentiment de souffrance à travers la merveilleuse œuvre de Charles Baudelaire.

       Tout d’abord, notre premier poème choisi fut «  La Destruction », par lequel l’auteur personnifie la souffrance par «  Le Démon » et donne un nouveau jour à la souffrance ; il la rend sublime, magnifique et sensuelle. La souffrance au sens pur n’est pas citée dans le texte mais il la caractérise par-là cet engouement qu’offre le démon au protagoniste pour les plaisirs honteux, et qui lui laisse le lendemain le goût amer de la dépravation. De cette façon le personnage qui par son désir de pécher y  oppose alors son désir de résister, finira par être détruit.

      Le deuxième poème que nous avons décidé de vous présenter se nomme «  Réversibilité » nom très peu commun pour un poème, puisque réversibilité à pour définition : qui peut aller en sens inverse, se produire dans les deux sens. Ce titre peut donc paraitre abstrait pour un poème de ce genre. Malgré tout penchons-nous sur le poème avec plus d’attention, formé de cinq quatrains, qui mis à part le dernier porte pour thème quatre sentiments se rapportant à la souffrance : l’angoisse, la haine, les fièvres et les rides. Quatre sujets qui sont fondamentaux pour l’esprit humain. L’auteur pose à chaque début de quatrain,  « si l’ange plein de gaité connait l’angoisse[…] »,  «  si l’ange plein de bonté connait la haine[…] »,  « si l’ange plein de santé connait les fièvres[…] », et enfin « si l’ange plein de beauté connait les rides.[…] ».  Charles Baudelaire oppose alors à nouveau gaité avec angoisse, bonté avec haine etc. Y a-t-il seulement sur la terre quelqu’un qui ne soit pas torturé par ces sentiments ? De plus que représente cet Ange, représentent-ils une femme que l’auteur ait aimée ? Ce poème ne se livre pas librement.

     C’est alors que nous avons décidé de vous présenter un autre poème, qui se nomme «  Une Martyre », titre évocateur pour un sujet tel que la souffrance.

     Charles Baudelaire donne un cadre très simple au poème, une chambre ou il développe une physionomie du détail, pour nous plonger un peu plus dans la scène.

    Alors que l’atmosphère du poème est chaude et étouffante, l’arrivée de cette femme endormie sur le lit provoque un sentiment singulier. Il ne nous faut pas beaucoup de temps pour comprendre que cette femme, fut servie pour assouvir des plaisirs sexuels mais aussi battue par un homme. Nous nous posons la question, depuis quand cette femme est-elle seule ? Alors que ce poème inspire la mort et la solitude, en partie par l’absence de bruit et de mouvement dans la scène, il inspire aussi à d’autre sentiment prédominent tel que l’amour et les plaisirs coupables qui émanent de cette femme inerte. L’auteur en mélangeant avec tant de raffinement ces sentiments, nous conduit à la souffrance même de cette femme, et généralise ainsi la souffrance peut-être à toutes les femmes. 

     Un autre poème qui nous toucha lors de notre récente lecture des Fleurs Du Mal fut, « Recueillement », poème qui dès le premier vers nous met au courant de la « Douleur » que ressent le personnage. Comme on peut le comprendre rapidement, l’auteur la personnifie, puisque il s’agit de « sa » douleur mais aussi car il la transforme en nom propre. Le poète s’entend bien avec « sa » souffrance, et détient avec elle, une relation qui s’apparente presque à de la complicité.

     Ce poème évolue dans un cadre urbain, sans doute même Parisien, à la tombée de la nuit. Quelques sentiments, se font remarquer assez vite, tel que les remords, les regrets, qui pour simplifier font référence à la nostalgie.

    Le dernier poème que nous avons décidé de vous faire lire, s’appelle « Le Tonneau De La Haine ». Comme son titre l’indique, le sujet principal sera bien la haine, un des sentiments évocateurs de la souffrance, mais elle en sera aussi protagoniste. La Haine sera ainsi confrontée à la Vengeance, deux sentiments généralement parallèles.

    L’auteur caractérise la haine par « l’ivrogne », nous incitant à penser que la haine n’est jamais rassasiée, et ressent toujours le besoin de torturer les êtres. C’est de même,  à l’avant-dernier tercet, Charles Baudelaire, d’une façon explicite, invite à penser que la haine est en réalité un cercle vicieux, car c’est un ivrogne qui « sent toujours la soif naitre de la liqueur », la liqueur serait donc pour l’auteur la raison par laquelle la haine est nait.

     Maintenant que nous avons fini de vous présenter les quatre prodigieux poèmes de Charles Baudelaire nous vous invitons à les lire avec attention, et nous espérons qu’ils vous plairont et feront naitre en vous l’amour de la poésie ! Bonne Lecture !

Plaisir malsain ou Destruction ?

22avril

Alors que le soleil laisse place à la nuit,
Et que la pureté laisse place aux vilenies,
Je ressens les horribles tristesses,
Qui me font m'enfuir par l'ivresse.

Je marche dans les rues souillées,
Où sur le trottoir, des ivrognes couchés,
Harcèlent les femmes aux beautés malsaines,
Qui se laissent aller, aux hommes qui les paient.

Enfin par chance, je trouve mon paradis,
Qui me permettra d'oublier quelques heures,
Toutes les duretés que j'ai dans le coeur,
Et qui cause ma propre tragédie.

L'ambiance chaude et étouffante,
Confèrent aux douces amantes,
Dont le corps est doux et somptueux,
Un reflet d'ensorceleuses.

Les fumées s'émanent des enfumoirs,
Et la fée verte soulage les hommes aux comptoirs,
Qui se laissent aller aux plaisirs malsains,
Qui comblent leurs rêves féminins.

Je me décide d'essuyer ma misère,
Par les douceurs de ce produit,
Qui me distraira de mon ennui.

Enfin je m'ennivre à mon aise,
Me laissant à la fièvre,
Qui m'enlève aux braises,
Des flammes de l'enfer.

Je m'éloigne du rivage,
Négligeant mon servage,
Par cette douce onction,
Qui cause ma destruction.

 

Camille & Caroline


 

Rédemption

22avril

Il est loin ce temps, hélas où j'étais heureux !
Car je me suis laissés à des plaisirs infâmes,
Lorsque je sentais, ce corps doucereux,
Qui doucement berçais mon âme !

Maintenant je regrette de m'être laissé,
A toi démon ! Dont l'âme vile m'a blessé,
Et j'aspire enfin à la rédemption,
Qui me fera renaître de tes désillusions.

Pardonnez-moi seigneur d'avoir pêché,
Si encore vous saviez ce corps plein de beauté,
Qui engendrent toutes ces ignominies,
Enfin je me retourne à la vie.

 

Camille & Caroline

Le tonneau de la haine de Charles Baudelaire

20avril

La Haine est le tonneau des pâles Danaïdes ;
La Vengeance éperdue aux bras rouges et forts
A beau précipiter dans ses ténèbres vides
De grands seaux pleins du sang et des larmes des morts,

Le Démon fait des trous secrets à ces abîmes,
Par où fuiraient mille ans de sueurs et d'efforts,
Quand même elle saurait ranimer ses victimes,
Et pour les pressurer ressusciter leurs corps.

La Haine est un ivrogne au fond d'une taverne,
Qui sent toujours la soif naître de la liqueur
Et se multiplier comme l'hydre de Lerne.

- Mais les buveurs heureux connaissent leur vainqueur,
Et la Haine est vouée à ce sort lamentable
De ne pouvoir jamais s'endormir sous la table.

 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

 

Une martyre de Charles Baudelaire

20avril

Au milieu des flacons, des étoffes lamées
Et des meubles voluptueux,
Des marbres, des tableaux, des robes parfumées
Qui traînent à plis somptueux,

Dans une chambre tiède où, comme en une serre,
L'air est dangereux et fatal,
Où des bouquets mourants dans leurs cercueils de verre
Exhalent leur soupir final,

Un cadavre sans tête épanche, comme un fleuve,
Sur l'oreiller désaltéré
Un sang rouge et vivant, dont la toile s'abreuve
Avec l'avidité d'un pré.

Semblable aux visions pâles qu'enfante l'ombre
Et qui nous enchaînent les yeux,
La tête, avec l'amas de sa crinière sombre
Et de ses bijoux précieux,

Sur la table de nuit, comme une renoncule,
Repose ; et, vide de pensers,
Un regard vague et blanc comme le crépuscule
S'échappe des yeux révulsés.

Sur le lit, le tronc nu sans scrupules étale
Dans le plus complet abandon
La secrète splendeur et la beauté fatale
Dont la nature lui fit don ;

Un bas rosâtre, orné de coins d'or, à la jambe,
Comme un souvenir est resté ;
La jarretière, ainsi qu'un oeil secret qui flambe,
Darde un regard diamanté.

Le singulier aspect de cette solitude
Et d'un grand portrait langoureux,
Aux yeux provocateurs comme son attitude,
Révèle un amour ténébreux,

Une coupable joie et des fêtes étranges
Pleines de baisers infernaux,
Dont se réjouissait l'essaim des mauvais anges
Nageant dans les plis des rideaux ;

Et cependant, à voir la maigreur élégante
De l'épaule au contour heurté,
La hanche un peu pointue et la taille fringante
Ainsi qu'un reptile irrité,

Elle est bien jeune encor ! - Son âme exaspérée
Et ses sens par l'ennui mordus
S'étaient-ils entr'ouverts à la meute altérée
Des désirs errants et perdus ?

L'homme vindicatif que tu n'as pu, vivante,
Malgré tant d'amour, assouvir,
Combla-t-il sur ta chair inerte et complaisante
L'immensité de son désir ?

Réponds, cadavre impur ! et par tes tresses roides
Te soulevant d'un bras fiévreux,
Dis-moi, tête effrayante, a-t-il sur tes dents froides
Collé les suprêmes adieux ?

- Loin du monde railleur, loin de la foule impure,
Loin des magistrats curieux,
Dors en paix, dors en paix, étrange créature,
Dans ton tombeau mystérieux ;

Ton époux court le monde, et ta forme immortelle
Veille près de lui quand il dort ;
Autant que toi sans doute il te sera fidèle,
Et constant jusques à la mort.

 

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

 

Ô Ma souffrance !

29mars

Ô souffrance !

Toi, fruit de la destruction,

Toi seule qui écoutes mes lamentations,

As-tu seulement assez de compassion ?

 

Moi, dont la terreur, l'effroi, la peur ;

S'aggravent un peu plus en mon cœur,

Ma souffrance, ma seule amie,

La seule avec qui je me fuis,

 

Accorde-moi en ce jour,

Au prix de notre idylle,

Mon Amour,

Un répit.

 

Camille & Caroline

La souffrance

26mars
Cette anthologie vous plongera dans un univers sombre et mystérieux, qui au fil des poèmes, vous laissera une impression mystique.
La souffrance est un sentiment inexplicable ; et c'est par la poésie que les poètes l'expliquent le mieux.
A travers " La Destruction " Charles Baudelaire donne un jour nouveau a la souffrance ; il la rend sublime, magnifique et  sensuelle.  

La destruction de Charles Baudelaire

19mars

Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon ;
Il nage autour de moi comme un air impalpable ;
Je l'avale et le sens qui brûle mon poumon
Et l'emplit d'un désir éternel et coupable.

Parfois il prend, sachant mon grand amour de l'Art,
La forme de la plus séduisante des femmes,
Et, sous de spécieux prétextes de cafard,
Accoutume ma lèvre à des philtres infâmes.

Il me conduit ainsi, loin du regard de Dieu,
Haletant et brisé de fatigue, au milieu
Des plaines de l'Ennui, profondes et désertes,

Et jette dans mes yeux pleins de confusion
Des vêtements souillés, des blessures ouvertes,
Et l'appareil sanglant de la Destruction !

Charles Baudelaire, Les fleurs du mal

Réversibilité de Charles Baudelaires

19mars

Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse,
La honte, les remords, les sanglots, les ennuis,
Et les vagues terreurs de ces affreuses nuits
Qui compriment le coeur comme un papier qu'on froisse?
Ange plein de gaieté, connaissez-vous l'angoisse?

Ange plein de bonté, connaissez-vous la haine,
Les poings crispés dans l'ombre et les larmes de fiel,
Quand la Vengeance bat son infernal rappel,
Et de nos facultés se fait le capitaine?
Ange plein de bonté connaissez-vous la haine?

Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres,
Qui, le long des grands murs de l'hospice blafard,
Comme des exilés, s'en vont d'un pied traînard,
Cherchant le soleil rare et remuant les lèvres?
Ange plein de santé, connaissez-vous les Fièvres?

Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides,
Et la peur de vieillir, et ce hideux tourment
De lire la secrète horreur du dévouement
Dans des yeux où longtemps burent nos yeux avide!
Ange plein de beauté, connaissez-vous les rides?

Ange plein de bonheur, de joie et de lumières,
David mourant aurait demandé la santé
Aux émanations de ton corps enchanté;
Mais de toi je n'implore, ange, que tes prières,
Ange plein de bonheur, de joie et de lumières!

Charles Baudelaire, Les Fleurs du mal

Melancolia

19mars

Alors que la rêverie,
D'une douleur sans fin,
Emporte mon esprit,
Vers des rivages lointains.

Je repense aux douces voluptés,
Qui me reviennent des jours passés,
Et qui causent en moi,
Autant de désarroi.

Et cette excitation,
Qui entraîne ma confusion,
M'emmenant vers des supplices,
D'un monde de délices.

Camille & Caroline