"Ecrire en poésie"

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La solitude

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Préface

9mai

                 Dans nos quatre poèmes, nous avons pris pour modèles un orphelin, un homme condamné à mort, un SDF et une personne âgée.

           Tous ces personnages sont liées non pas par le sang ou par l'amitié, nous pouvons même affirmer qu'ils ne se connaissent pas, mais par ce sentiment si présent dans notre société et pourtant trop peu combattu :la solitude.
           L'orphelin et le SDF se retrouvent sur le fait qu'ils ont été marqués par le départ de ceux qui leur était le plus chers. Après ces pertes s'en suit un fort sentiment d'abandon, au début, puis de rejet de la société et de renfermement sur soi-même. Mais il existe entre ces deux personnages une énorme différence. En effet l'orphelin choisit la voie du suicide tandis que le sans abris décide de s'accrocher à la vie.
                Le condamné à mort quant à lui, flirt avec la solitude dans sa cellule car il n'a plus rien à espérer de sa vie dont la fin est proche et irrémédiable. Sa solitude constitue alors pour lui un codétenu.
              La personne âgée quant à elle souffre du manque de compagnie et du fait qu'elle ne contribue plus au  bon fonctionnement de la société. Elle se sent exclue, mise en marge de la société, elle ne trouve personne à qui parler et se refuse à se tourner vers sa famille qui ne veut d'elle que son argent.
              Au travers de nos poèmes, nous avons montré ces personnes qui vivent la solitude au quotidien et quelles solutions ils ont trouvé pour y remédier.
            Ensuite, nous avons également pris un autre exemple, la "Chanson du Mal-aimé" de Guillaume Apollinaire qu'il a dédié à un amour qui l'a abandonné.

Famille Vénale

9avril


De ton isolement, le coupable est ton âge
Sur ton existence ta famille a tourné la page
Désormais ils en ont après ton héritage
Mais avant ton décès, ils t'enferment dans cette cage

Attendant patiemment que tu lègues ton argent
Tu as bien compris qu'ils ne t'ont jamais aimé
Mieux vaut terminer seule que mal accompagnée
Tu n'écriras pas leur nom, sur ton testament

La Chanson du Mal-aimé

9avril


à Paul Léautaud.

                             Et je chantais cette romance
                             En 1903 sans savoir
                             Que mon amour à la semblance
                             Du beau Phénix s'il meurt un soir
                             Le matin voit sa renaissance.

Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
Mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu'il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
Onde ouverte de la Mer Rouge
Lui les Hébreux moi Pharaon

Oue tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien aimée
Je suis le souverain d'Égypte
Sa soeur-épouse son armée
Si tu n'es pas l'amour unique

Au tournant d'une rue brûlant
De tous les feux de ses façades
Plaies du brouillard sanguinolent
Où se lamentaient les façades
Une femme lui ressemblant

C'était son regard d'inhumaine
La cicatrice à son cou nu
Sortit saoule d'une taverne
Au moment où je reconnus
La fausseté de l'amour même

Lorsqu'il fut de retour enfin
Dans sa patrie le sage Ulysse
Son vieux chien de lui se souvint
Près d'un tapis de haute lisse
Sa femme attendait qu'il revînt

L'époux royal de Sacontale
Las de vaincre se réjouit
Quand il la retrouva plus pâle
D'attente et d'amour yeux pâlis
Caressant sa gazelle mâle

J'ai pensé à ces rois heureux
Lorsque le faux amour et celle
Dont je suis encore amoureux
Heurtant leurs ombres infidèles
Me rendirent si malheureux

Regrets sur quoi l'enfer se fonde
Qu'un ciel d'oubli s'ouvre à mes voeux
Pour son baiser les rois du monde
Seraient morts les pauvres fameux
Pour elle eussent vendu leur ombre

J'ai hiverné dans mon passé
Revienne le soleil de Pâques
Pour chauffer un coeur plus glacé
Que les quarante de Sébaste
Moins que ma vie martyrisés

Mon beau navire ô ma mémoire
Avons-nous assez navigué
Dans une onde mauvaise à boire
Avons-nous assez divagué
De la belle aube au triste soir

Adieu faux amour confondu
Avec la femme qui s'éloigne
Avec celle que j'ai perdue
L'année dernière en Allemagne
Et que je ne reverrai plus

Voie lactée ô soeur lumineuse
Des blancs ruisseaux de Chanaan
Et des corps blancs des amoureuses
Nageurs morts suivrons-nous d'ahan
Ton cours vers d'autres nébuleuses

Je me souviens d'une autre année
C'était l'aube d'un jour d'avril
J'ai chanté ma joie bien-aimée
Chanté l'amour à voix virile
Au moment d'amour de l'année

Guillaume Apollinaire(1880-1918)

La solitude n'est pas une fatalité

9avril

Les revenus coupés, jusqu'au cou endetté.

Ton épouse t'a quitté, tes enfants emmenés
Un richissime mari, elle a déjà trouvé.

  La solidarité tu as sollicité,
Les gens t'ont évité comme un pestiféré.
Tes seules fréquentations, maintenant, sont les huissiers.  

Tes proches t'adulaient pour ton porte-monnaie.
 Tes amis désormais, t'ont bien vite oublié.
De ce triste entourage, pas un seul n'est resté.  

A errer dans la rue, se résume ta journée
Il t'a fallu trouver un endroit où loger
Mais en priorité il te fallait manger  

Au restaurant du cœur tu es allé mendier
Pour un morceau de pain, tu aurais tout donné
Tu t'y es rassasié, puis tu t'en es allé  

De cet isolement, tu devais t'évader
Un homme digne de confiance, comme ami tu t'es fait
Car lui au moins, il ne te laissera pas tomber.

Verdict éronné

1avril
        
Pour un crime non commis, pour une faute du jury
Je ne puis pardonner cette erreur judiciaire
Car je gis désormais, loin de toute lumière
Sans contact extérieur, éloigné de la vie.

Je n'ai plus de contact, avec ma famille
Je n'ai plus souvenirs, d'avoir un jour vécu,
Je ne ressens plus rien, tous mes sens s'atténuent
Je pousserai mon dernier souffle, captif d'une grille

Verdict éronné

1avril

Pour un crime non commis, pour une faute du jury,

Je ne puis pardonner cette erreur judiciaire
Car je gis exilé loin de toute lumière,
Sans contact extérieur, éloigné de la vie.
Je n'ai plus de contact avec ma famille,
Je n'ai plus souvenir, d'un jour avoir vécu,
Je ne ressens plus rien, tous mes sens s'atténuent,
Je pousserai mon dernier souffle prisonnier d'une grille. 

Triste héritage

22mars
                                     Ô solitude amicale, par sa mort léguée. 
                                Tu me suis où que j'aille, sans jamais me lâcher.
                                Que je cours, que je fuis, je ne puis t'échapper,
                                Ma continuelle agonie finit par m'étouffer.

                               Quand je hurle mon désespoir, toi seule peux m'écouter,
                               Tu es mon seul auditoire, ma seule parenté.
                               Puisqu'un sens à ma vie, je n'ai pas su trouver,
                               De ma mort aujourd'hui, toi seul peux témoigner.