"Ecrire en poésie"

Vive les poètes ! Vive le printemps ! Vive le printemps des poètes !

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Attendre que la nuit...

11mai

Attendre que la Nuit, toujours reconnaissable
A sa grande altitude où n’atteint pas le vent,
Mais le malheur des hommes,
Vienne allumer ses feux intimes et tremblants
Et dépose sans bruit ses barques de pêcheurs,
Ses lanternes de bord que le ciel a bercées,
Ses filets étoilés dans notre âme élargie,
Attendre qu’elle trouve en nous sa confidente
Grâce à mille reflets et secrets mouvements
Et qu’elle nous attire à ses mains de fourrure,
Nous les enfants perdus, maltraités par le jour
Et la grande lumière,
Ramassés par la Nuit poreuse et pénétrante,
Plus sûre qu’un lit sûr sous un toit familier,
C’est l’abri murmurant qui nous tient compagnie,
C’est la couche où poser la tête qui déjà
Commence à graviter,
A s’étoiler en nous, à trouver son chemin.

Jules Supervieille

Inferni

11mai

Quelques-uns ont été des édens et des astres.
Et l'on voit maintenant, tout chargés de désastres,
Rouler, éteints, désespérés,
L'un semant dans l'espace une effroyable graine,
L'autre traînant sa lèpre et l'autre sa gangrène,
Ces noirs soleils pestiférés !
(...)
Où vont-ils ? La nuit s'ouvre sur eux et se referme.
Le ciel, quoiqu'il soit l'ombre où la clémence germe,
Ignore le gouffre puni ;
Et nul ne sait combien de millions d'années
Doivent errer, traînant les larves forcenées,
Ces lazarets de l'infini.

Eh! quel effroi sur terre, et même au fond des tombes !
Quel frisson, si, parmi les foudres et les trombes,
Aux lueurs des astres fuyants,
Nous voyions, dans la nuit où le sort nous écroue,
Surgir lentement l'épouvantable proue
D'un de ces mondes effrayants !

Victor Hugo

Extrait de "La Voie lactée"

30mars

Déesse, dans les cieux éblouissants, la Voie
Lactée est un chemin de triomphe et de joie,
Et ce flot de clarté qui dans le firmament
Jette parmi l'azur son blanc embrasement
Semble, dans sa splendeur en feu qui s'irradie,
Produit par un foyer unique d'incendie.
Mais quand notre regard dans l'éther empli d'yeux
Monte vers l'Océan céleste que les Dieux
Font rouler des Gémeaux de flamme au Sagittaire,
Il y voit flamboyer des astres dont la terre
Admire en pâlissant la sereine splendeur,
Et dans le vaste flot sacré dont la candeur
Éclate et de la nuit blanchit les sombres voiles,
Il voit s'épanouir des millions d'étoiles.

   

Théodore de Banville



Clair de lune

30mars

Lune mellifluente aux lèvres des déments

Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands

Les astres assez bien figurent les abeilles

De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles

Car voici que tout doux et leur tombant du ciel

Chaque rayon de lune est un rayon de miel

Or caché je conçois la très douce aventure

J'ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture

Qui posa dans mes mains des rayons décevants

Et prit son miel lunaire à la rose des vents


Guillaume Apollinaire, Alcools


Extrait de "Les étoiles"

30mars

Et vous, brillantes sœurs! étoiles, mes compagnes,

Qui du bleu firmament émaillez les campagnes,

Et cadençant vos pas à la lyre des cieux,

Nouez et dénouez vos chœurs harmonieux!

Introduit sur vos pas dans la céleste chaîne,

Je suivrais dans l'azur l'instinct qui vous entraîne,

Vous guideriez mon œil dans ce brillant désert,

Labyrinthe de feux où le regard se perd!

Vos rayons m'apprendraient à louer, à connaître

Celui que nous cherchons, que vous voyez peut-être!

Et noyant dans son sein mes tremblantes clartés,

Je sentirais en lui.., tout ce que vous sentez!

Alphonse de Lamartine

Système solaire

23mars

O, Corps célestes majestueux

Nous vous imaginons tous deux,

Face au firmament bleuissant,

Mars et Jupiter couleur sang.

 

Astre solaire de tes rayons,

Tu éclaires au loin l'horizon.

Avec tes compagnes les comètes,

Vous dominez notre planète.

 

Galatée, Thalassa, Sao,

Voisins de Neptune tout là-haut.

Jusqu’au fond de la Voie Lactée,

Voyager, Soyouz vont aller.