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Lune

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Préface de l'anthologie sur la lune.

dans la catégorie Lune

Amis lecteurs, vous n’avez sans doute pas l’habitude, ou l’envie peut-être, de lire des recueils de poèmes ou des anthologies. C’est pourquoi nous vous proposons aujourd’hui de vous faire découvrir notre anthologie dont le thème est la lune à travers différentes œuvres, parfois anciennes, parfois récentes, mais toutes chargées d’émotions ou évocatrices. Mais comment les poètes expriment-ils donc leurs émotions, leurs états d’âme, à travers cet astre mystérieux et magnifique qu’est la lune ? Nous vous proposons de le découvrir en commençant par dire que, si la lune est personnifiée dans la plupart des poèmes, elle représente également une idée en particulier pour chacun des auteurs, et que le lyrisme occupe une place importante au sein de cette anthologie.

La lune est donc personnifiée, c’est-à-dire qu’elle se voit attribuer des propriétés humaines, alors qu’elle est un objet inanimé et donc dépourvue d’émotions. Nous observons donc que les auteurs, afin de la rendre vivante, la font parler, sourire, pleurer, faire des gestes, comme s’ils avaient en face d’eux un être humain à part entière. C’est le cas tout d’abord de Victor Hugo, qui, en 1829, dans son poème « Clair de lune » tiré des Orientales, écrit que la lune « [est] sereine », qu’ « elle écoute » le bruissement des flots et qu’elle possède des doigts. De même, dans la « Ballade à la lune » d’Alfred de Musset en 1830, la lune a une face, un profil, un front et des yeux bleus, et ce visage que lui donne Musset lui permet de sourire. Mais la lune possède-t-elle seulement un visage ? Baudelaire nous écrit que ce n’est pas le cas, qu’elle possède un corps tout entier, qu’elle rêve et que «d'une main distraite et légère caresse/Avant de s'endormir le contour de ses seins », dans son poème « Tristesses de la lune » en 1861. Au-delà de sa beauté, la lune peut être capricieuse, comme dans « La lune » de Théodore de Banville en 1874. En effet, elle est « frivole », elle « sourit », « se lamente », « vous raille et vous tourmente », elle est « absurde » et « charmante » et l’on peut le dire, elle est surtout très lunatique. Mais peut-on penser que la lune est seulement taquine ? Peut-elle être menaçante ? Selon Raphaël Zacharie de Izarra, dans son poème « La face cachée de la lune » écrit au XXIème siècle, la lune est « sournoise », « fourbe », mielleuse, « vive, sèche, tourmentée » bref, une hypocrite, une sorcière dont il faut se méfier. La lune fait donc l’objet d’une multitude de personnifications qui permettent aux auteurs d’associer la lune à une chose ou à une personne en particulier.

Chaque auteur présent dans notre anthologie a choisi la lune. Mais pourquoi la lune ? Eh bien, amis lecteurs, parce que la lune fascine. Son éclat, sa beauté, éveillent notre curiosité. Et qui n’a jamais rêvé d’atteindre la lune ? Elle est inaccessible, ce qui la rend encore plus fascinante. Les auteurs ont donc choisi la lune pour pouvoir se rapprocher d’elle et ce, en l’associant à une idée en particulier. Mais chaque auteur est différent, et de ce fait, voit différemment la lune d’un autre auteur. Pour commencer, la lune est tout simplement maîtresse de la nuit, comme c’est le cas dans le poème « La lune est palpitante » en 2005, d’un auteur malheureusement inconnu. Cet auteur nous explique que : « Sur ce peuple étoilé/ La lune règne en maître, /Dirigeant ses sujets, /Tel un chef d’orchestre. » Pour lui, la lune est une souveraine cloitrée dans son château qu’est la nuit, et ayant le pouvoir sur ses sujets, les étoiles, et les dirigeant à la baguette. Cette vision est ainsi la plus simple. Mais pouvez-vous imaginer que la lune vous observe, vous écoute, et connait tout de vous ? Dans « Clair de lune » de Victor Hugo, la lune observe le rivage et les hommes, elle n’est que spectatrice et se contente de nous regarder nous, êtres humains si petits par rapport à elle. Et dans la « Ballade à la lune » de Musset, sous ses yeux menaçants n’empêche-t-elle pas un homme de commettre l’irréparable ? Et dans la « Lune offensée » de Baudelaire en 1862, n’est-elle pas attristée de voir ce qu’est devenu le monde ? Elle dit : « Je vois ta mère, enfant de ce siècle appauvri, /Qui vers son miroir penche un lourd amas d'années, / Et plâtre artistement le sein qui t'a nourri ! » Ainsi la lune reste une simple spectatrice de ce qu’il se passe ici-bas. Mais certains auteurs vont plus loin encore, en décrivant la lune comme étant une muse, une déesse. Dans les « Tristesses de la lune » de Baudelaire, la lune pleure, et de la larme versée le poète « Dans le creux de sa main prend cette larme pâle, / Aux reflets irisés comme un fragment d'opale, / Et la met dans son cœur loin des yeux du soleil. » Ici, la lune est comme la muse de Baudelaire, elle est dans son cœur et leur relation doit se tenir de rester secrète. De même pour Verlaine, dans la « Lune blanche » en 1870, il apostrophe la lune de cette façon : « Ô bien-aimée », ce qui montre son amour pour elle, ou peut-être représente-elle quelqu’un, comme pour De Banville qui, dans « La lune » , compare la lune à une « frivole amante ».Elle est aussi une muse pour Thierry de Lorho dans « Il était une fois » : «Le monde se révèle à la lumière pâle /De la magie lunaire ma muse adorée /Ma plus fidèle amie ma plus fidèle alliée ». Si la lune peut être une muse ou une déesse, elle peut être aussi une sorcière, comme nous l’avons vu précédemment avec « La face cachée de la lune » de De Izarra. Qu’elle soit maître de la nuit, spectatrice du monde des hommes, une muse ou une sorcière, la lune reste un sujet propre au lyrisme qui reste omniprésent dans notre anthologie.

Le lyrisme est un registre qui se caractérise par sa musicalité, l’expression de sentiments personnels, et la présence de la nature. Dans notre anthologie, ce registre est donc très présent. La musicalité de l’expression est marquée par les apostrophes «Ô»  comme dans « La lune blanche » de Verlaine ou « La lune offensée » de Baudelaire. Egalement, la richesse des rimes de tous les poèmes contribuent à cette musicalité. Et, puisque l’on parle de musique, pourquoi ne pas écouter la célèbre « Sonate au clair de lune » de Beethoven présente sous forme de lien dans notre anthologie ? Pour les sentiments personnels, l’emploi du « je » est repérable notamment dans « Il était une fois » de Thierry Lorho, et dans « La face cachée de la lune » de De Izarra. Mais c’est le sentiment amoureux, avec les souffrances et les joies du cœur, qui est présent dans « Clair de lune » de Verlaine, et dans « La lune offensée » et les « Tristesses de la lune » de Baudelaire. Pour les éléments de la nature, les paysages que choisissent les poètes sont la forêt et les plaines dans « La lune blanche » de Verlaine, « Ballade à la lune » de Musset, et « La lune offensée » de Baudelaire, mais certains auteurs comme Victor Hugo dans « Clair de Lune », choisissent la mer comme décor. Notre anthologie est donc constituée de poèmes lyriques autant par leur musicalité que par l’expression de sentiments personnels tels que l’amour, et par la présence de la nature.

A travers cet astre qu’est la lune, les poètes expriment donc leurs sentiments d’une part en personnifiant la lune pour la rendre vivante, en l’associant à une idée ou à une personne en particulier et en utilisant le registre lyrique. Sur ce, amis lecteurs, nous vous souhaitons une agréable envolée poétique dans la lune, mais n’oubliez tout de même pas de redescendre sur terre !

Laure-Hélène et Emma

 

Auteur inconnu "La lune est palpitante" 2005

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La lune est palpitante,

Elle regarde, à l'horizon,

Les étoiles qui chantent,

A l'unisson.

 

Les étoiles filantes,

N'ont qu'une destination,

Et d’une traînée fuyante,

Eclairent les constellations.

 

A la fin de leur vie,

Les étoiles deviennent poussières,

C'est la fin de la nuit,

La fin d'une ère.

 

Sur ce peuple étoilé

La lune règne en maître,

Dirigeant ses sujets,

Tel un chef d’orchestre.

 

Quel monde impérieux,

Celui de la nuit,

Le calme silencieux,

D’une déesse endormie.


Victor Hugo "Clair de lune" in Les Orientales 1829

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La lune était sereine et jouait sur les flots. -
La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,
La sultane regarde, et la mer qui se brise,
Là-bas, d'un flot d'argent brode les noirs îlots.

De ses doigts en vibrant s'échappe la guitare.
Elle écoute... Un bruit sourd frappe les sourds échos.
Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos,
Battant l'archipel grec de sa rame tartare ?

Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,
Et coupent l'eau, qui roule en perles sur leur aile ?
Est-ce un djinn qui là-haut siffle d'une voix grêle,
Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?

Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ? -
Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,
Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé
Du lourd vaisseau, rampant sur l'onde avec des rames.

Ce sont des sacs pesants, d'où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine... -
La lune était sereine et jouait sur les flots.

 


Thierry Lorho "Il était une fois"

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D'anciennes légendes nous racontent qu'un jour

La déesse des songes pleura de bonheur

Une larme glissa de ses yeux de velours

Et fut emportée par des anges-créateurs

 

Pour en faire un joyau ces faiseurs d'univers

Sculptèrent cette perle ainsi la Lune est née

Et chaque soir s'étend sur la voisine terre

La divine lueur de la grâce beauté

 

Agenouillé et humble j'ai levé les yeux

Un intense moment d'adoration totale

J'ai prié élevant mon âme vers les cieux

 

Le monde se révèle à la lumière pâle

De la magie lunaire ma muse adorée

Ma plus fidèle amie ma plus fidèle alliée


Beethoven

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SONATE AU CLAIR DE LUNE


Raphaël Zacharie de Izarra "La face cachée de la lune" XXIème siècle

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Verte, sournoise, tranchante, voici la Lune qui croasse. Ses ailes d'éther sont de mauvais augure. J'aime les sourires fourbes de cette hanteuse.

Point crucial de la nuit, oeil errant de la voûte, confidente des clochers, elle accompagne mes veilles, fidèle, moqueuse, attachante. Je trouve sa face subtile, sa caresse ironique, son silence mortel. Elle passe, fécondante, prodiguant mauvais rêves et bonnes fortunes. Ses quiets rayons irradient le malheur. Elle rassure les chouettes, effraie les dormeurs.

Elle répand son miel dans l'espace, déverse son fiel sur les poètes, rend muettes les villes, fait parler les campagnes... Elle attise les rumeurs, ravive âtres et légendes, délie les mauvaises langues, fait fermer les portes et sceller les coffres.

Il m'arrive de lui parler. Mes mots pour elle sont tendres. Mais ses éclats sont durs. On la croit pâle, molle, sereine, elle est vive, sèche, tourmentée. C'est une amie sévère qui rie avec férocité, sanglote à faire rendre l'âme.

J'aime cette séductrice aux joues brillantes, au front lisse, au regard fixe. Ne vous fiez pas à ses allures candides, car la Lune en vérité est une méchante fée, une sorcière qui diffuse un parfum venimeux, suave et mystérieux sur la Terre.


Paul Verlaine "La lune blanche" in La bonne chanson 1870

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La lune blanche

Luit dans les bois;

De chaque branche

Part une voix

Sous la ramée...

O bien aimée.

L'étang reflète

Profond miroir,

La silhouette

Du saule noir

Où le vent pleure...

Rêvons, c'est l'heure.

Un vaste et tendre

Apaisement

Semble descendre

Du firmament

Que l'astre irise...

C'est l'heure exquise.


Théodore de Banville "La lune" in Rondels 1874

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Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante :
Elle sourit et se lamente,
Et vous fuit et vous importune.

La nuit, suivez-la sur la dune,
Elle vous raille et vous tourmente ;
Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante.

Et souvent elle se met une
Nuée en manière de mante ;
Elle est absurde, elle est charmante ;
Il faut adorer sans rancune,
Avec ses caprices, la Lune.


Paul Verlaine "Clair de Lune" in Les fêtes galantes 1869

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Votre âme est un paysage choisi
Que vont charmant masques et bergamasques
Jouant du luth et dansant et quasi
Tristes sous leurs déguisements fantasques.

 

Tout en chantant sur le mode mineur
L'amour vainqueur et la vie opportune
Ils n'ont pas l'air de croire à leur bonheur
Et leur chanson se mêle au clair de lune,

 

Au calme clair de lune triste et beau,
Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres
Et sangloter d'extase les jets d'eau,
Les grands jets d'eau sveltes parmi les marbres.


Charles Baudelaire "La lune offensée" in Les Fleurs du Mal 1862

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O Lune qu'adoraient discrètement nos pères,
Du haut des pays bleus où radieux sérail,
Les astres vont te suivre en pimpant attirail,
Ma vieille Cynthia, lampe de nos repaires,

Vois-tu les amoureux sur leurs grabats prospères,
De leur bouche en dormant montrer le frais émail ?
Le poète buter du front sur son travail ?
Ou sous les gazons secs s'accoupler les vipères ?

Sous ton domino jaune, et d'un pied clandestin,
Vas-tu, comme jadis, du soir jusqu'au matin,
Baiser d'Endymion les grâces surannées ?

"- Je vois ta mère, enfant de ce siècle appauvri,
Qui vers son miroir penche un lourd amas d'années,
Et plâtre artistement le sein qui t'a nourri ! "

 


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