anthologie2011

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L'hiver

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Vive le vent

dans la catégorie L'hiver

                       Hors du temps, et pourtant indispensables à son passage, les saisons rythment assidûment la vie des êtres vivants de toute la Terre. Parmi ces saisons indissociables, nous avons choisi de nous pencher sur l'Hiver, et ainsi de te faire découvrir, ô Lecteur, cette bribe d'année par les yeux d'Artistes, qui nous sont chers. L'Hiver leur inspire des sentiments bigarrés, étreint leur cœur ou bien exalte leur désir d'amour et développe en eux une compassion toute particulière pour les animaux sans foyer qui subissent la rage des froids.

                      L'interprétation de Victor Hugo quant à l'attitude du Soleil, qu'il devine maussade et dégoûté par la triste langueur qui règne sur la « Terre [qui] pleure » témoigne de sa nostalgie des chaleurs estivales. Il paraît vouloir, tout comme l'Astre solaire, pouvoir s'éclipser à loisir du monde morne qu'est le nôtre en hiver.

                      Maupassant voit plutôt dans l'arrivée de l'Hiver une annonce de la mort, les « squelettes blanchis » des « arbres dépouillés » sont les prémices funèbres d'une triste période. Tout comme Hugo, il perçoit une certaine hâte dans l'apparition de la Lune qui « a froid dans le grand ciel austère ». Pour ces poètes, l'Hiver transforme la Terre en un lieu inhospitalier. Les fragiles volatiles attirent son attention par leur chétivité et leur exposition, tout comme Théophile Gautier écrit la souffrance du cygne « pris en nageant » dans la glace qui recouvre l'étang.

                      Chétifs et tremblants, c'est ainsi que Maurice Carême décrit les animaux que son imagination fait apparaître dans les formes que le givre dessine sur le carreau de sa fenêtre. Il est tout entier perdu dans la contemplation de ces apparitions, et ne craint pas le froid mortel du dehors, puisqu'il se résigne à « rester sans feu / Dans [sa] petite chambre ».

                     La Mort est évidemment un aspect de l'Hiver que l'on ne peut outrepasser. Qu'elle soit ignorée au creux d'un bosquet blanc, faible souffle de vie prélevé par une rafale, ou majestueuse et implacable, elle est indéniablement présente dans toutes les gelées. Dans le texte de Francis Cabrel, par exemple, l'Hiver est synonyme de capitulation, de désespoir qui amène au suicide.

                    Mais, plus douloureuse pour les Poètes que la peine qui les empoigne à la vue de cette faune gémissant dans le froid, le tourment des amours déçus croit dans la fureur du blizzard. C'est encore Gautier qui découvre l'infidélité parjure de sa femme grâce à la neige fraîche, qui lui révèle cette trahison. Alors que Musset voit par ses yeux amoureux « ce beau royaume » auquel il a songé tout l'été, ce royaume, ce Paris, qui renferme sa belle. La réalité est que l'Hiver a gelé l'amour que celle-ci lui portait, et que le royaume chimérique du Poète se limite en fait à des murs camouflant un amour déçu.

                   Possédé par le spleen du paysage hivernal, Verlaine chante la mélancolie de l'Hiver en égrenant des vers de cinq syllabes comme les perles d'un chapelet, d'un geste machinal, morose. Par son interrogation adressée aux « loups maigres », « quoi donc vous arrive ? », il semble ne pas comprendre le mécanisme mortuaire qui paraît le prendre au dépourvu. Cette nostalgie de la période estivale se retrouve dans le poème de Jules Verne, où le sujet « croit », « pense », où « l'illusion » de la chaleur et du bonheur est omniprésente. Mais cela ne coïncide pas avec la réalité de l'Hiver.

                 Alexandre Pouchkine, de l'autre côté du monde, subit également les duretés de l'Hiver, mais avec plus d'enthousiasme, comme le montre la ponctuation enjouée et gaiement étonnée. Pour lui, le remède à la langueur hivernale se trouve dans la gaieté d'un verre pris en bonne compagnie.

                Laisse-toi, Lecteur, envahir par la poignante sensation de froid scintillant, toi qui, au fond de ton fauteuil peut-être, regarde avec délice la bise glaçante qui gifle ta fenêtre. Le feu généreux qui ronfle dans ta cheminée t'évitera certainement le nez rouge de l'Hiver de Théophile Gautier. Les tourbillons de neige dont chaque flocon est un mot fermeront tes yeux, nous l'espérons, au banal hiver de neige fondue que tu peux vivre sur les trottoirs de ta ville. Permets aux visions de forêts noires et blanches, aux chevreuils égarés et aux fragiles fées de givre d'envahir ta chaumière.


                 Agréables frissons!

                                                                                                                                             M, J & C

LE GIVRE

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Mon dieu comme ils sont beaux
Les tremblants animaux
Que le givre a fait naître
La nuit sur ma fenêtre !

Ils broutent des fougères
Dans un bois plein d’étoiles
Et l’on voit la lumière
A travers leurs corps pâles.

Il y a un chevreuil
Qui me connaît déjà :
Il soulève pour moi
Son front d’entre les feuilles.

Et quand il me regarde,
Ses grands yeux sont si doux
Que je sens mon cœur battre
Et trembler mes genoux.

Laissez-moi, ô décembre
Ce chevreuil merveilleux
Je resterai sans feu
Dans ma petite chambre.

Maurice Carême, La Lanterne Magique, 1947


Paysage de Neige

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DANS L'INTERMINABLE ENNUI DE LA PLAINE

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Dans l'interminable

Ennui de la plaine

La neige incertaine

Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre

Et mourir la lune.

Comme les nuées

Flottent gris les chênes

Des forêts prochaines

Parmi les buées.

Le ciel est de cuivre

Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre

Et mourir la Lune.

Corneille poussive

Et vous, les loups maigres,

Par ces bises aigres

Quoi donc vous arrive?

Dans l'interminable

Ennui de la plaine

La neige incertaine

Luit comme du sable

Paul Verlaine ("Romances sans paroles", Ariettes oubliées - 1874)


EN HIVER LA TERRE PLEURE

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En hiver la terre pleure ;
Le soleil froid, pâle et doux,
Vient tard, et part de bonne heure,
Ennuyé du rendez-vous.

Leurs idylles sont moroses.
- Soleil ! aimons ! - Essayons.
O terre, où donc sont tes roses ?
- Astre, où donc sont tes rayons ?

Il prend un prétexte, grêle,
Vent, nuage noir ou blanc,
Et dit : - C'est la nuit, ma belle ! -
Et la fait en s'en allant ;

Comme un amant qui retire
Chaque jour son cœur du nœud,
Et, ne sachant plus que dire,
S'en va le plus tôt qu'il peut.

Victor Hugo (Les quatre vents de l'esprit, 1881)


QUAND PAR LE DUR HIVER...

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Quand par le dur hiver tristement ramenée
La neige aux longs flocons tombe, et blanchit le toit,
Laissez geindre du temps la face enchifrenée.
Par nos nombreux fagots, rendez-moi l'âtre étroit !

Par le rêveur oisif, la douce après-dinée !
Les pieds sur les chenets, il songe, il rêve, il croit
Au bonheur ! - il ne veut devant sa cheminée
Qu'un voltaire bien doux, pouvant railler le froid !

Il tisonne son feu du bout de sa pincette ;
La flamme s'élargit, comme une étoile jette
L'étincelle que l'œil dans l'ombre fixe et suit ;

Il lui semble alors voir les astres du soir poindre ;
L'illusion redouble ; heureux ! il pense joindre
A la chaleur du jour le charme de la nuit !

Jules Verne

("Poésies inédites" - Le cherche-midi, 1849)


C'ETAIT L'HIVER

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Elle disait: "j'ai déjà trop marché,
mon cœur est déjà trop lourd de secrets,
trop lourd de peines".
Elle disait: "je ne continue plus,
ce qui m'attend, je l'ai déjà vécu,
c'est plus la peine".

Elle disait que vivre était cruel,
Elle ne croyait plus au soleil,
Ni aux silences des églises.
Même mes sourires lui faisaient peur,
C'était l'hiver dans le fond de son cœur.

Le vent n'a jamais été plus froid,
La pluie plus violente que ce soir-là,
Le soir de ses vingt ans,
Le soir où elle a éteint le feu,
Derrière la façade de ses yeux,
Dans un éclair blanc.

Elle a sûrement rejoint le ciel,
Elle brille à côté du soleil,
Comme les nouvelles églises.
Mais si depuis ce soir-là je pleure,
C'est qu'il fait froid
Dans le fond de mon cœur. 


Lien avec la chanson : http://www.youtube.com/watch?feature=player_detailpage&v=wjiV9gHna9U

Francis Cabrel, 23 novembre 1987


HEART OF SNOW ( coeur de neige )

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Edward Robert Hughes

CHANSON POUR LES ENFANTS L'HIVER

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Dans la nuit de l'hiver
Galope un grand homme blanc
Dans la nuit de l'hiver
Galope un grand homme blanc
C'est un bonhomme de neige
Avec une pipe en bois,
Un grand bonhomme de neige
Poursuivi par le froid.
Il arrive au village.
Voyant de la lumière
Le voilà rassuré.
Dans une petite maison
Il entre sans frapper ;
Et pour se réchauffer,
S'assoit sur le poêle rouge,
Et d'un coup disparaît.
Ne laissant que sa pipe
Au milieu d'une flaque d'eau,
Ne laissant que sa pipe,
Et puis son vieux chapeau.

Jacques Prévert, 1963


FANTAISIE D'HIVER

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I

Le nez rouge, la face blême,
Sur un pupitre de glaçons,
L'Hiver exécute son thème
Dans le quatuor des saisons.

Il chante d'une voix peu sûre
Des airs vieillots et chevrotants ;
Son pied glacé bat la mesure
Et la semelle en même temps ;

Et comme Haendel, dont la perruque
Perdait sa farine en tremblant,
Il fait envoler de sa nuque
La neige qui la poudre à blanc.

II

Dans le bassin des Tuileries,
Le cygne s'est pris en nageant,
Et les arbres, comme aux féeries,
Sont en filigrane d'argent.

Les vases ont des fleurs de givre,
Sous la charmille aux blancs réseaux ;
Et sur la neige on voit se suivre
Les pas étoilés des oiseaux.

Au piédestal où, court-vêtue,
Vénus coudoyait Phocion,
L'Hiver a posé pour statue
La Frileuse de Clodion.

III

Les femmes passent sous les arbres
En martre, hermine et menu-vair,
Et les déesses, frileux marbres,
Ont pris aussi l'habit d'hiver.

La Vénus Anadyomène
Est en pelisse à capuchon ;
Flore, que la brise malmène,
Plonge ses mains dans son manchon.

Et pour la saison, les bergères
De Coysevox et de Coustou,
Trouvant leurs écharpes légères,
Ont des boas autour du cou.

IV

Sur la mode Parisienne
Le Nord pose ses manteaux lourds,
Comme sur une Athénienne
Un Scythe étendrait sa peau d'ours.

Partout se mélange aux parures
Dont Palmyre habille l'Hiver,
Le faste russe des fourrures
Que parfume le vétyver.

Et le Plaisir rit dans l'alcôve
Quand, au milieu des Amours nus,
Des poils roux d'une bête fauve
Sort le torse blanc de Vénus.

V

Sous le voile qui vous protège,
Défiant les regards jaloux,
Si vous sortez par cette neige,
Redoutez vos pieds andalous ;

La neige saisit comme un moule
L'empreinte de ce pied mignon
Qui, sur le tapis blanc qu'il foule,
Signe, à chaque pas, votre nom.

Ainsi guidé, l'époux morose
Peut parvenir au nid caché
Où, de froid la joue encor rose,
A l'Amour s'enlace Psyché.

Théophile Gautier, 1850


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