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L'engagement poétique

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Préface

dans la catégorie L'engagement poétique

                                                                            

 

                                                                                 L'Engagement Poétique.

                Défendre une cause qui nous est chère...

                Que peut-il paraître de plus noble que de se battre pour des idées avec de simples mots ? Et quoi de mieux que de faire passer ses mots en poésie ? Apollon et sa lyre ne nous ont-ils pas déjà prouvé par le passé que cette « méthode » était ô combien, efficace ?

               On sous estime aujourd’hui le pouvoir de la parole, l’importance que les mots peuvent revêtir... Le simple fait de critiquer une action nous semblant injuste, injustifiée et injustifiable permet de mettre en valeur aux yeux des autres cette cause injuste, pour qu'ils réagissent : voilà comment naît une contestation. 

               « L’écrivain « engagé » sait que la parole est action ; il sait que dévoiler , c’est changer, et qu’on ne peut dévoiler qu’en projetant de changer » affirmait Sartre, comme pour appuyer nos propos...

 
              Les auteurs, les causes et les textes que nous avons choisis sont tous plus variés les uns que les autres, allant de Jean Ferrat avec « Nuit et brouillard » à Ossip Mandelstam et sa « Distique sur Staline », en passant par P. Eluard et son poème « Liberté » qui fut largué par les avions de la RAF en 1942, sur une France alors occupée par l’Allemagne nazie, ou encore par Louis Aragon et son « Affiche Rouge », dénonçant, pêle-mêle, l’esclavage, le régime totalitariste Stalinien, l’oubli des horreurs perpétrées par les Allemands durant la Seconde Guerre Mondiale , ou bien portant aux nues le courage des résistants pendant cette même Seconde Guerre Mondiale...


           Nous avons choisi la poésie engagée, car nous admirons le courage de ces hommes qui ont osé prêter leur nom à cet éternel refus d’accepter un monde inhumain. Si l’engagement en littérature à proprement parler débuta avec l’affaire Dreyfus où Zola prit sa plume dans « J’accuse »pour défendre le capitaine déshonoré, l’Homme s’est de tout temps soulevé contre les causes lui semblant révoltantes : de Spartacus à Gandhi, de la Commune à Mai 68, il n’y a qu’un pas, qu’on nomme « Engagement ». Cependant, pour qu’un engagement littéraire ait du poids et qu’il retentisse, il lui faut avoir un auteur de renom. L’auteur engagé, à l’instar d’Emile Zola, se sert de sa notoriété, de sa qualité d’homme public, s’appuyant dessus, pour s’opposer et accuser...

 

          Les dix poèmes que nous avons décidés de vous présenter sont pour la plupart, issus de différents auteurs, de différents contextes, et ont relativement tous une visée demeurant dans l’opposition à une injustice!

         Nous les avons choisis parmi un large choix pour les différents sujets traités ici, à fin de constituer une anthologie riche et complète.

        "L’Affiche Rouge" , d’Aragon ( (1897-1982) poète, romancier, journaliste et essayiste français, dit résistant « intellectuel ») est un poème dans lequel l’auteur dénonce la  propagande durant la seconde guerre mondiale et dans lequel il redéfinit les résistants comme des héros et non comme des terroristes.

       Le second texte, Nuit et Brouillard de Jean Ferrat ( (1930-2010) chanteur engagé et poète proche du parti communiste (bien que désapprouvant le régime sous lequel était l’URSS) ) est une chanson écrite en 1953 en mémoire des victimes des camps de concentration nazis durant la seconde guerre mondiale. Le titre fait référence à la directive « Nuit et Brouillard » signée en 1941 par Adolph Hitler, qui stipule que les personnes représentant une menace pour le Reich ou l'armée allemande dans les territoires occupés seront transférées en Allemagne et disparaîtront dans le secret absolu.

    Dans Discours sur la paix, Jacques Prévert ( (1900-1977) poète et scénariste français) dénonce les politiciens, ou du moins les politiciens malhonnêtes, qui parlent sans apporter de réponses, qui ne tiennent pas leurs propres promesses, etc..

    Pour ce faire le poète utilise trois champs lexicaux dominants, celui du discours : (discours (1), phrase (3), raisonnements (8), question (10))

Celui de la chute : (trébuchant (2), tombe(4), désemparé (5), bouche grande ouverte (5), haletant (6))

Et celui de la dentition (bouche (5), dents (7), carie (8), nerf (9))

        Aimé Césaire ( (1913-2008) poète et homme politique martiniquais) s’engage dans la dénonciation de l’esclavage . Avec "Les blancs disent" Césaire s’inscrit dans l’histoire de la littérature en théorisant le concept de négritude.Il est d'ailleurs entré récemment au Panthéon.

       "Pater Noster" de Jacques Prévert  fut publié dans le recueil Paroles en 1946. L’engagement poétique du poète natif de Neuilly-sur-Seine  se traduit à travers l’anticléricalisme, net et sans appel dans la première partie, puis en suite à un hommage à la vie dans la seconde. Dans ce texte, Prévert utilise des mots et un vocabulaire assez simple ; cependant il n’hésite pas à faire de nombreux jeux de mots.

      Vient ensuite "Le déserteur",  de Boris Vian ( (1920-1959) écrivain français, poète, parolier, chanteur, critique et musicien de jazz). Ce poème est une lettre adressée à « Monsieur le Président » par un homme ayant reçu un ordre de mobilisation poutr le guerre d'Indochine. L’homme y explique qu’il ne souhaite pas partir à la guerre, et justifie sa décision par les décès survenus dans sa famille proche à cause de la guerre, et par le fait qu'il ne veut pas tuer de pauvres gens. Il révèle son intention de déserter pour vivre de mendicité tout en incitant les passants à suivre son exemple. N.B : Boris Vian a publié sa chanson le 7 mai 1954, dernier jour de la bataille de Đin Biên Ph. Ce texte incite donc  au pacifisme et à la non-violence.

          Ossip Mandelstam (1891-1938) sera arrêté en 1934 pour l'épigramme que nous vous présentons,  qu’il fit à Staline. Ce distique dans lequel l’auteur dénonce le régime Stalinien, la dictature, le dictateur lui-même et les hauts personnages du régime. L’auteur connaissait Staline et voyait en lui « un monstre fascinant », c’est donc presque délibérément qu’il se fait arrêter car il n’était pas ignorant des lois que le régime avait l’habitude d’appliquer. Littell, ayant écrit sur lui, a dit « le courage mêlé d’inconscience, l’idéalisme et la conviction intangible que la vocation d’un poète est de dire la vérité. Le poète, c’est celui qui dit la vérité, celui qui fait exploser un poème à la barbe d’un dictateur en hurlant que le roi est nu. Voilà pourquoi Ossip Mandelstam était un phare et ces gens des icônes ».

           Le "Chant des partisans",  ou Chant de la libération est l’hymne de la Résistance française durant l’occupation par l’Allemagne nazie, pendant la Seconde Guerre mondiale. Créé en 1943, les paroles sont de Joseph Kessel et de Maurice Druon, et la musique est composée par Anna Marly. Les paroles étaient à l’origine en russe, Anna Marly fut inspiré de la révolution Bolchevik, puis elle furent réécrites par Joseph Kessel et Maurice Druon. C’est une chanson écrite pour les résistants français, ceux-ci la sifflaient d'ailleurs  pour se reconnaitre entre eux lors de leurs pérégrinations dans les maquis...

         Paul Eluard ( (1895-1952), poète et résistant français) ouvre le recueil Poésie et Vérité paru en 1942 avec « Liberté » , qui fut un de ses nombreux poèmes de lutte, et qui  devait entrer dans la mémoire des combattants et soutenir la victoire. Il fut comme pour les armes et les munitions, parachuté en France dans tous les maquis par les avions de la RAF en 1942.


         L'engagement consiste donc à rendre visible l'invisible, à forger, en dénonçant, une connivence avec le lecteur le menant à l'action, ou, du moins, à la réflexion.

En réalité, l’engagement est un pas vers la liberté, la paix, vers l’épanouissement de l’humanité.   


The partisan by Leonard Cohen

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"The Partisan"

When they poured across the border
I was cautioned to surrender,
this I could not do;
I took my gun and vanished.
I have changed my name so often,
I've lost my wife and children
but I have many friends,
and some of them are with me.

An old woman gave us shelter,
kept us hidden in the garret,
then the soldiers came;
she died without a whisper.

There were three of us this morning
I'm the only one this evening
but I must go on;
the frontiers are my prison.

Oh, the wind, the wind is blowing,
through the graves the wind is blowing,
freedom soon will come;
then we'll come from the shadows.

Les Allemands étaient chez moi, (The Germans were at my home)
ils me dirent, "Signe toi," (They said, "Sign yourself,")
mais je n'ai pas peur; (But I am not afraid)
j'ai repris mon arme. (I have retaken my weapon.)

J'ai changé cent fois de nom, (I have changed names a hundred times)
j'ai perdu femme et enfants (I have lost wife and children)
mais j'ai tant d'amis; (But I have so many friends)
j'ai la France entière. (I have all of France)

Un vieil homme dans un grenier (An old man, in an attic)
pour la nuit nous a cachés, (Hid us for the night)
les Allemands l'ont pris; (The Germans captured him)
il est mort sans surprise. (He died without surprise.)

Oh, the wind, the wind is blowing,
through the graves the wind is blowing,
freedom soon will come;
then we'll come from the shadows.


L'affiche rouge

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                                Vous n'avez réclamé ni gloire ni les larmes

                                Ni l'orgue ni la prière aux agonisants

                                Onze ans déjà que cela passe vite onze ans

                                Vous vous étiez servis simplement de vos armes

                                La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans


                                     Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes

                                Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants

                                L'affiche qui semblait une tache de sang

                                Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles

                                Y cherchait un effet de peur sur les passants

  
                                     Nul ne semblait vous voir Français de préférence

                                Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant

                                Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants

                                Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE

                                Et les mornes matins en étaient différents

  
                                     Tout avait la couleur uniforme du givre

                                A la fin février pour vos derniers moments

                                Et c'est alors que l'un de vous dit calmement

                                Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre

                                Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand

  
                                     Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses

                                Adieu la vie adieu la lumière et le vent

                                Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent

                                Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses

                                Quand tout sera fini plus tard en Erivan

  
                                     Un grand soleil d'hiver éclaire la colline

                                Que la nature est belle et que le cœur me fend

                                La justice viendra sur nos pas triomphants

                                Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline

                                Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant

  
                                     Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent

                                Vingt et trois qui donnaient le cœur avant le temps

                                Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant

                                Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir

                                Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant

              

Louis Aragon                                  


Nuit et brouillard

dans la catégorie L'engagement poétique

Nuit et Brouillard

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent

Ils se croyaient des hommes, n’étaient plus que des nombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste qu’une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été

La fuite monotone et sans hâte du temps
Survivre encore un jour, une heure, obstinément
Combien de tours de roues, d’arrêts et de départs
Qui n’en finissent pas de distiller l’espoir

Ils s’appelaient Jean-Pierre, Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus, Jéhovah ou Vichnou
D’autres ne priaient pas, mais qu’importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux

Ils n’arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent-ils être heureux
Ils essaient d’oublier, étonnés qu’à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues

Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin, en regardant dehors
Votre chair était tendre à leurs chiens policiers

On me dit à présent que ces mots n’ont plus cours
Qu’il vaut mieux ne chanter que des chansons d’amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l’histoire
Et qu’il ne sert à rien de prendre une guitare

Mais qui donc est de taille à pouvoir m’arrêter?
L’ombre s’est faite humaine, aujourd’hui c’est l’été
Je twisterais les mots s’il fallait les twister
Pour qu’un jour les enfants sachent qui vous étiez

Vous étiez vingt et cent, vous étiez des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers, vous étiez vingt et cent


Jean Ferrat


Discours sur la paix

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Vers la fin d’un discours extrêmement important
le grand homme d’État trébuchant
sur une belle phrase creuse
tombe dedans
et désemparé la bouche grande ouverte
haletant
montre les dents
et la carie dentaire de ses pacifiques raisonnements
met à vif le nerf de la guerre
la délicate question d’argent.

(Jacques Prévert, Paroles, 1946)


Les Blancs disent…

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Les Blancs disent que c'était un bon nègre, un vrai bon nègre, le bon nègre à son
bon maître.

 

Je dis hurrah !

C'était un très bon nègre,

 

la misère lui avait blessé poitrine et dos et on avait fourré dans sa pauvre
cervelle qu'une fatalité pesait sur lui qu'on ne prend pas au collet ; qu'il n'avait pas puissance sur son propre destin ; qu'un Seigneur méchant avait de toute éternité écrit des lois d'interdiction en sa
nature pelvienne ; et d'être le bon nègre ; de croire honnêtement à son indignité, sans curiosité perverse de vérifier jamais les hiéroglyphes
fatidiques.

 

C'était
un très bon nègre

et il ne lui venait pas à l'idée qu'il pourrait houer, fouir, couper tout, tout autre chose vraiment que la canne insipide

 

C'était
un très bon nègre.

 

Et on lui jetait des pierres, des bouts de ferraille, des tessons de bouteille, mais
ni ces pierres, ni cette ferraille, ni ces bouteilles... O quiètes années de Dieu sur cette motte terraquée!

 

Et le fouet disputa au bombillement des mouches la rosée sucrée de nos plaies.

 

Je dis hurrah ! La vieille négritude

progressivement se cadavérise

l'horizon se défait, recule
et s'élargit

 

et voici parmi des déchirements de nuages la fulgurance d'un signe

le négrier craque de toute part... Son ventre se convulsé et résonne...
L'affreux ténia de sa cargaison ronge les boyaux fétides de l'étrange nourrisson
des mers!

Et ni l'allégresse des voiles gonflées comme une poche de doublons rebondie, ni les
tours joués à la sottise dangereuse des frégates policières ne l'empêchent
d'entendre la menace de ses grondements intestins.

Aimé
Césaire, Cahier d'un retour au pays natal, éd. Présence africaine,
1947.


Pater Noster

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Notre Père qui êtes au cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l'Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuileries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Eparpillées
Emerveillées elles-mêmes d'être de telles merveilles
Et qui n'osent se l'avouer
Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Avec leurs tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons

Jacques Prévert


Le déserteur.

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Monsieur le Président

Je vous fais une lettre

Que vous lirez peut-être

Si vous avez le temps

 

Je viens de recevoir

 Mes papiers militaires

 Pour partir à la guerre

 Avant mercredi soir

 

Monsieur le Président

Je ne veux pas la faire

Je ne suis pas sur terre

Pour tuer des pauvres gens

 

C'est pas pour vous fâcher

II faut que je vous dise

Ma décision est prise

Je m'en vais déserter.

Le Déserteur, Boris Vian, 1953

Depuis que je suis né

J'ai vu mourir mon père

J'ai vu partir mes frères

 Et pleurer mes enfants

 

Ma mère a tant souffert

Qu'elle est dedans sa tombe

Et se moque des bombes

Et se moque des vers

 

Quand j'étais prisonnier

On m'a volé ma femme

On m'a volé mon âme

Et tout mon cher passé

 

Demain de bon matin

Je fermerai ma porte

Au nez des années mortes

J'irai sur les chemins

 

Je mendierai ma vie

Sur les routes de France

De Bretagne en Provence

Et je dirai aux gens

 

Refusez d'obéir

Refusez de la faire

N'allez pas à la guerre

Refusez de partir

 

S'il faut donner son sang

Allez donner le vôtre

Vous êtes bon apôtre

Monsieur le Président

 

Si vous me poursuivez

Prévenez vos gendarmes

Que je n'aurai pas d'armes

Et qu'ils pourront tirer


Distique sur Staline

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Nous vivons sans sentir sous nos pieds de pays,
Et l'on ne parle plus que dans un chuchotis,
Si jamais l'on rencontre l'ombre d'un bavard
On parle du Kremlin et du fier montagnard,
Il a les doigts épais et gras comme des vers
Et des mots d'un quintal précis: ce sont des fers!
Quand sa moustache rit, on dirait des cafards,
Ses grosses bottes sont pareilles à des phares.
Les chefs grouillent autour de lui, la nuque frêle.
Lui, parmi ces nabots, se joue de tant de zèle.
L'un siffle, un autre miaule, un autre encore geint...
Lui seul pointe l'index, lui seul tape du poing.
Il forge des chaînes, décret après décret!
Dans les yeux, dans le front, le ventre et le portrait.

De tout supplice sa lippe se régale.
Le Géorgien a le torse martial.

Ossip Mandelstam

Tristia et autres poèmes, "Poésie"


Chant des partisans

dans la catégorie L'engagement poétique

Chant des partisans


Et la version "Motivés" par Zebda

Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines ?


Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu'on enchaîne ?

Ohé, partisans, ouvriers et paysans, c'est l'alarme.

Ce soir l'ennemi connaîtra le prix du sang et les larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades !

Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades !

Ohé, les tueurs à la balle et au couteau, tuez vite !

Ohé, saboteur, attention à ton fardeau : dynamite...



C'est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères,

La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère.

Il y a des pays où les gens au creux des lits font des rêves ;

Ici, nous, vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève.



Ici chacun sait ce qu'il veut, ce qu'il fait quand il passe ;

Ami, si tu tombes un ami sort de l'ombre à ta place ;

Demain du sang noir séchera au grand soleil sur les routes ;

Chantez, compagnons, dans la nuit la Liberté nous écoute.

 

Maurice Druon & Joseph Kessel (1944 )


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